Jaune pour du beurre

Et voilà-ti pas que, sur les routes du Tour de France, on reparle de l’inoubliable René Vietto, meilleur grimpeur d’avant-guerre, né au Cannet, admiré par Picasso lui-même. De fait, le Suisse Fabian Cancellara s’élancera aujourd’hui de Tomblaine pour sa 28e journée vêtu du maillot jaune, record absolu pour un coureur n’ayant pas remporté le Tour et détenu jusqu’à cette année par Vietto (26 jours en jaune). Ce record paradoxal et symbolique distingue donc ceux qui n’ont pas gagné, ces perdants magnifiques que la France aime tant. Voilà qui a interpellé la Griotte,plus fan de bicyclette que de vélo comme vous le savez (elle avoue humblement ne pas saisir toutes les subtilités tactiques de l’épreuve reine du cyclisme qui rassemble chaque année, en juillet,  des foules passionnées sur les routes de France).

Le roi René

La Griotte s’est plongée à cette occasion dans la lecture du vibrant hommage à René Vietto signé de la plume élégante de Louis Nucéra. Écrit en 1976, Le roi René (Ed. de la Table Ronde) dresse le portrait d’un coureur adulé après qu’il eut cédé par loyauté sa roue à Antonin Magne, lors de la Grande Boucle de 1934, alors que la victoire lui tendait les bras.

Louis Nucéra nous dresse au fil des pages un attachant portrait du héros de son enfance et de son enfance à lui tout court. Il parsème son récit de clins d’œil littéraires (Jarry, Tolstoï, Cioran, Nabokov et tutti quanti – non, ce dernier n’est pas un sprinteur italien) et conjugue avec talent et tendresse sa passion du vélo avec celle des mots.

Les forçats de la route

Car la littérature sportive est un genre à part entière qui a inspiré les plus grands, en particulier quand elle traite de cyclisme, sport de la souffrance et de toutes les envolées qui se prête plus que tout autre au lyrisme.

Pour moi dormir c’est mourir et manger c’est s’empoisonner » disait René Vietto.

Depuis Albert Londres, qui forgea l’expression les forçats de la route dans son récit mythique du Tour de France de 1924, en passant par Dino Buzzati, qui couvrit le Giro de 1949 pour le Corriere della Sera, jusqu’à Jacques Perret et ses Articles de Sport et, bien sûr, Antoine Blondin dont les chroniques inégalables baptisées « le muscle et la plume » ont fait la joie des lecteurs de l’Équipe pendant près de 30 ans, tous ont jeté l’encre de belle manière sur les routes des tours cyclistes.

 Tour d’enfance

A chaque année son Tour de France et ses publications cyclistes… 2012 ne déroge pas à la règle. La Griotte s’est ainsi délectée de Je me souviens de Maître Jacques de Maxime Schmitt (Ed. Le Pas d’Oiseau), petit livre hommage à Anquetil préfacé par Antoine de Caunes, autre amoureux fou de vélo, qui écrit fort justement :

Aucun gras dans l’écriture de Maxime Schmitt, aucune fioriture flatteuse.
L’essentiel.
Un délicat mélange d’aphorismes, de haïkus, ou d’informations brutes, la somme des trois composant au final un précieux collector.
Un Tour d’enfance, comme il le dit si bien.
Un monument tout en finesse pour Jacques Anquetil, un champion qui ne fut rien moins que l’incarnation de la Grâce. »


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