3 minutes et 33 secondes d’art

Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, vous êtes sans doute, comme la Griotte, propriétaire d’au moins une reproduction d’oeuvre de l’artiste Benjamin Vautier sans vous en douter. Quoi ? Vous n’avez pas une trousse noire avec, dans une écriture blanche reconnaissable entre toutes, un « J’écris pour la gloire » ou un « matière à création« ? Ou un stylo « trait de génie » juste à côté d’un porte-documents « mon programme, une idée par jour » ? Vous avez donc bien entre les mains, la reproduction d’une oeuvre d’un gamin de 76 ans, fan de bretelles et de tongues pistaches, Niçois de son état, et exposé dans les plus grands musées du monde entier : Ben.

Ben devant son magasin (1963-1964)

Le magasin de Ben en 1958. « Je feuillette les livres d’art au Nain Bleu en cherchant le choc. Dès que je le trouvais je déchirais la page. »

Né à Naples le 18 juillet 1935, Benjamin Vautier, dit Ben, vit et travaille à Nice depuis 1949.

Il étudie tout d’abord à l’école du Parc-Impérial et à la pension du collège Stanislas. Il est ensuite garçon de courses à la librairie Le Nain bleu, avant que sa mère ne lui achète une librairie-papeterie.

À la fin des années 1950, il la vend pour ouvrir une petite boutique de disques d’occasion dont il transforme la façade en accumulant quantité d’objets invraisemblables.

« L’art doit être nouveau et apporter un choc »

Rapidement, sa boutique devient un lieu de rencontres et d’expositions où se retrouvent les principaux membres de ce qui deviendra L’École de Nice : César, Arman, Martial Raysse, etc. Proche d’Yves Klein, il est séduit par le Nouveau Réalisme.

Je commençais à chercher une forme abstraite n’ayant pas été faite et pouvant choquer. En 1955, je découvris la forme de la banane. »

Ne faites pas cette tête ! Vous vous dites « la Griotte fait croire qu’elle est férue d’art contemporain alors que moi j’y connais rien, je distingue seulement un Picasso de la dernière carte de fête des mères de mon fils, et encore ! » Pas de panique. Tout le monde n’est évidemment pas censé connaître les artistes qui ont frotté leur pantalon sur les bancs de cette « École de Nice ». Mais je suis sûre que vous connaissez au moins une oeuvre de César : le truc, baptisé fort justement César, offert aux acteurs méritant. Ah ? vous voyez. D’Yves Klein vous connaissez sans doute le bleu, même Sarkozy en a parlé. Et d’Arman vous avez déjà sans doute aperçu les « accumulations » (de voitures, de guitares etc.). Non ? Bon, vous pouvez réviser en surfant sur le site de la Griotte, ou en vous promenant un jour de pluie (mdr) dans les allées (lugubres) du MAMAC, le musée d’Art contemporain de Nice.

Après cet aparté artistique, reprenons le fil de la vie de Ben…

Au début des années 1960, plusieurs artistes tentent de s’approprier le monde en tant qu’œuvre d’art. Ben en fait son fond de commerce. Il pense que l’art est dans l’intention et qu’il suffit de signer. Il décide donc de signer tout ce qui ne l’a pas été : « les trous, les boîtes mystérieuses, les coups de pied, Dieu, les poules, etc. ». Il explique que tout est art et que tout est possible en art.

Je vais être très jaloux de Manzoni qui signe la merde et qui me volera l’idée des sculptures vivantes »

C’est à la même période qu’il rejoint le groupe Fluxus, un mouvement d’art contemporain à l’humour dévastateur et provocant.

En 1963 où il s’assoit sur une chaise, un écriteau autour du cou avec cette seule mention : « Regardez-moi cela suffit« .

Pari réussi. Tous les passants le fixent.

Par ce seul geste le dessinateur arrive « à concentrer son obsession pour l’ego, son sens de l’absurde et sa faculté à créer des scènes dans n’importe quelle situation » explique un spécialiste.

En 1965, dans son magasin, il crée une galerie de trois mètres sur trois dans sa mezzanine : « Ben doute de tout ». Il y expose Biga, Alocco, Venet, Maccaferri, Serge III, Sarkis, Filliou…

Au début des années 1980, au retour d’une année passée à Berlin grâce à une bourse, il rencontre de jeunes artistes (Robert Combas, Hervé Di Rosa, François Boisrond, Rémi Blanchard, etc.), groupe auquel il donne le nom de Figuration Libre. Ce mouvement d’art figuratif est caractérisé, notamment, par l’absence du respect des règles de la figuration classique, l’utilisation de matériaux hétéroclites et de couleurs discordantes.

103, route de Saint-Pancrace à Nice

La maison de Ben à Nice

Il vit et travaille sur les hauteurs de Saint-Pancrace, colline niçoise où sa maison, chef-d’œuvre personnel (103, route de Saint-Pancrace) est facile à reconnaitre. Il donne lui-même son adresse dans son site internet psychédélique, « pour ceux qui voudraient y venir en pèlerinage ».

« Ben signe Nice », l’expo de l’été

Cet été le centre d’art de la Villa Arson rend hommage à son Niçois d’artiste et célèbre en même temps les 50 ans du Fluxus dans l’exposition « Ben signe Nice ».

« Depuis qu’il vend sa signature sur des chaussettes, Ben est parfois vu comme un bouffon, mais on oublie que ce fut un artiste incroyable dans les années 60, il a fait des choses très fortes, aujourd’hui méconnues du grand public » rappelle Eric Mangion, directeur de la Villa Arson.

En 1970, Ben avait installé un ring de boxe à Cologne lors d’une exposition Fluxus : il y jouait une série de happenings. C’est ce ring que reproduit la Villa Arson jusqu’au 28 octobre pour lui rendre hommage.

Entouré de plusieurs dizaines de ses oeuvres, anciennes et actuelles, Ben y offre chaque mercredi de juillet et septembre un happening de 3,33 minutes, au côté d’invités. Chaque action est réalisée en public, filmée puis retransmise.

Pour sa première performance, le 30 juin dernier, Ben a fait monter un âne sur le ring et l’a fait peindre avec sa queue… La Griotte a l’imagination pourtant débordante serait bien en peine de dire ce que nous réservent les prochaines.

Pour en savoir plus, et connaître le programme complet de l’expo et des happenings :

  • Le site de Ben : ben-vautier.com
  • Le site de l’expo « Ben signe Nice ».
  • Le Centre national d’art contemporain de la Villa Arson 20, avenue Stephen-Liegeard, 06100 Nice
  • Ouvert tous les jours de 14h à 18h (de 14h à 19h an juillet et août). Ouverture prolongée jusqu’à 21h les 27 et 28 juillet et jusqu’à 20h les 31 août et 1er septembre. Fermeture le mardi. Entrée gratuite.

Villa Arson – Nice

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