Razzia de paparazzis azuréens

On connait les paparazzis qui fouillent les poubelles et raclent les bidets de stars façon Jean-Claude Elfassi, zoomant sur les rondeurs de Britney ou les seins nus de Rihanna sur son yacht, et régulièrement mis à l’honneur par TF1 ou Morandini. Il en est d’autres qui ont su inspirer le respect et la confiance de ceux qu’ils photographiaient dans leur vie quotidienne. C’est le cas de Daniel Angeli et de Félicien Tordo, tous deux aujourd’hui gracieusement exposés en ce moment sur la Côte d’Azur, à Saint-Tropez et à Menton. La Griotte vous propose une plongée au coeur de ce drôle de métier. Et d’ailleurs, savez-vous d’où vient le terme paparazzi ?

Le premier paparazzi

… né sous la caméra de Fellini

La Dolce Vita selon Fellini

Dans La Dolce Vita, film culte de 1960, le divin Marcello Mastroianni est souvent accompagné d’un jeune photographe appelé Paparazzo. Pourquoi ce nom ? Les versions sont multiples.

Giulietta Masina, femme et muse de Federico Fellini, affirmait lui avoir suggéré ce nom composé à partir de « papatacci« , petits moustiques et « ragazzi » jeunes hommes en italien.

D’autres sources soutiennent que Fellini aurait repris le terme italien paparazzo qui se traduit à l’origine par « fabricant, faiseur de papier » très vite appliqué aux photographes bidonneurs faiseurs de papiers rapides et racoleurs.

D’autres enfin prétendent que Fellini aurait affublé son jeune photographe de ce nom, car il lui rappelait un de ses copains de classe particulièrement pot-de-colle qui s’appelait Paparazzo. C’était aussi, pour la même raison, le surnom que donnait le metteur en scène au photographe des studios de Cinecittà, Tazio Secchiaroli.

Une chose est sûre, c’est bien sur le plateau de la Dolce Vita que le terme de paparazzi (pluriel de paparazzo), désignant un photographe chasseur de la-douceur-de-vivre-en-star, est né.

Retrouvez de l’émotion, du tragique,

À Saint-Tropez,
les clichés de l’Italien Daniel Angeli

Daniel Angeli, Saint-Jean-Cap-Ferrat, 1977. Gianni Agnelli, le grand patron de Fiat, plonge, nu, de son yacht.

A la fin des années 50, laborantin pour l’agence Delmas, le jeune Angeli se voit très vite promu photographe et envoyé régulièrement à l’aéroport d’Orly où il mitraille les stars à leur descente d’avion. Cocteau, Marais, Kim Novak, personne n’échappe à l’objectif de son Leïca, offert par son père « comme un jouet« . À 18 ans, il fait le portrait de tout ce qui compte dans la chanson française : Georges Brassens, Barbara, Léo Ferré, Serge Reggiani, Jacques Brel lors des grands soirs de l’Olympia.

En juin 1962, il a la « chance » d’être à l’aéroport alors qu’un avion d’Air France se crashe. Déguisé en bagagiste il photographie les victimes du drame. Les cadavres, les gens qui hurlent, les membres arrachés, il photographie tout jusqu’à la nausée. Ses photos feront la une des journaux du monde entier et lanceront sa carrière. Fan de ciné, il refuse les scènes de guerre ou de manifs et se concentre sur les stars du 7e Art. Avec son ami Depardon, qui a débuté comme lui à l’agence Delmas, chaque dimanche, il va déjeuner chez sa grand-mère italienne avant d’aller se faire une toile.

Johnny Hallyday et Daniel Angeli

Quelques années plus tard, il crée sa propre agence, et devient l’ami des stars, de John Lennon à Liz Taylor, Faye Dunaway, Aristote Onassis ou Kirk Douglas. L’été à Saint-Tropez, l’hiver à Gstaad, des pitreries de Salvador Dali aux bouderies de Brigitte Bardot,  il noue avec les vedettes des sixties et des seventies des relations privilégiées.

Le reporter cow-boy, qui se cache toujours dos au soleil, « comme dans les westerns », fuit les courses poursuites comme la peste. Il préfère suivre sa «proie» à distance, toujours dans l’ombre. Comme lorsqu’il se planque des heures dans les rochers pour saisir le plongeon dénudé de Giovanni Agnelli, le patron de Fiat. Étrange cliché d’un homme entre ciel et mer, au moment où son responsable français vient d’être kidnappé contre rançon. «La photo trône maintenant sur le bureau d’Agnelli», aime à répéter le petit Italien parti de rien. A la suite de ce «coup», le patron de Fiat le met au défi de venir le voir. Angeli (anagramme étonnante d’Agnelli) ne se dégonfle pas et débarque à Turin. Agnelli lui ouvre les portes de sa maison et l’autorise même à photographier sa famille.

En 1996, il rencontre Johnny Hallyday et devient son photographe attitré pendant 15 ans. C’est lui qui fait les premières photos de l’adoption de sa fille Jade en 2004 au Vietnam. En 1997 il négocie pour 12 millions d’euros les photos volées de Sarah Ferguson, bru de la Reine d’Angleterre, embrassant son amant.

Nous étions avant tout des témoins de notre temps, confiait le photographe à Nice-Matin dernièrement. Quand j’ai commencé, il y avait une certaine noblesse du métier. Pas de l’agression, ni ces gros plans sur la cellulite des stars… Nous, nous étions là pour les valoriser.« 

Sa plus belle histoire, il aime à la raconter, c’est celle d’une seule photo, prise en 1977. Angeli est sur le bord de l’autoroute et surplombe une très riche propriété. Dans le parc, on pousse un vieil homme dans son fauteuil, sa fille est à ses côtés. Juste le temps d’appuyer sur le déclencheur. C’est la dernière photo de Charlie Chaplin.

Daniel Angeli, Vevey, 1977. Dernière photo de Charlie Chaplin dans sa maison en Suisse.

Depuis le 7 juillet et jusqu’au 15 septembre, une trentaine de clichés N&B argentiques pris dans les années 60 et 70 sont exposés sur la terrasse du Byblos de Saint-Trop’ pour l’expo Icônes à Saint-Tropez.

Les tirages argentiques N&B signés par Daniel Angeli sont également disponibles sur le site www.privatepicturesgallery.com. (80 x 120, série limitée de 8 à 15 exemplaires, à partir de 3900 € ; 50 x 60, série limitée de 15 à 25 exemplaires, à partir de 1900 € ; et les 30 x 40, série limitée à 50 exemplaires, à partir de 990 €).

Retrouvez de l’émotion, du tragique,

À Menton,
les photos du Niçois Félicien Tordo

De l’autre côté du Var, tout près de la frontière italienne, le Niçois Félicien Tordo expose lui aussi ses clichés de stars. Né en 1935, Tordo se passionne très tôt pour la photo et monte à 20 ans à Paris pour y tenter sa chance dans la publicité. Il pousse les portes de la célébrité grâce à un ami, journaliste niçois de son état, qui lui propose de réaliser des reportages sur les célébrités de la capitale, afin d’agrémenter les articles qu’il destine à ses correspondants.

Il rencontre sur les plateaux de cinéma ou dans les loges de l’Olympia tout ce que l’époque compte de célébrités. Il photographie Yul Brynner, Michèle Morgan et Claire Bloom sur la terrasse de l’hôtel Carlton à Cannes ; Jean-Claude Brialy, à ses tout début, se préparant dans sa loge ; Darry Cowl et Francis Blanche lors leurs fameux spectacles ; Annie Cordy et Luis Mariano dans les coulisses du Casino de Nice.

Félicien Tordo. Francis Blanche et Darry Cowl.

En 1958, Félicien Tordo quitte la capitale pour installer un laboratoire à Nice. Durant cette période, la mode des romans-photos donne un essor à la profession. Profitant de l’aubaine, il réalise des photos pour des éditeurs et devient même producteur.

C’est ainsi qu’il photographie Alain Delon et ses amis de la marine assurant la promotion de la revue « idylle écran » pour un roman-photo. Avec son épouse, Monique Tessarolo, il crée ensuite le Studio Saint-Roch, spécialisé dans la photo publicitaire, le reportage et le portrait.

Félicien Tordo. Alain Delon et ses copains de la Marine.  » Alain Delon, qui avait fait son service dans la Marine, avait ce soir-là retrouvé des copains. Je lui ai glissé dans la main le magazine pour lequel je faisais ces clichés. Quand je pense au prix que Dior doit aujourd’hui payer pour avoir son image sur ses publicités  » (Félicien Tordo dans Nice Matin 18/08/12)

Il passe des studios de la Victorine de Nice, où tourne Jean Renoir, aux coulisses des salles de music-hall, suit le Tour de France, organise des séances de poses pour les pochettes de disques de chanteuses célèbres et shoote les célébrités sur la Croisette ou à Nice. Dans les années 1970, deux artistes deviennent ses plus célèbres clientes, Annie Cordy et Yvette Horner.

Félicien Tordo

En 2009, profitant de sa retraite, Félicien Tordo décide de mettre par écrit ses étonnantes rencontres, dans son livre Mémoire de photographe. Véritable témoin d’un temps où les vedettes posaient avec complaisance et ne fuient pas encore les nuées de vautours paparazzis.

Rencontrer des artistes pour les photographier était pour moi un rêve inespéré ! ».

Jusqu’au 10 septembre, Félicien Tordo nous fait partager son rêve, celui des années 1956-1958, au cours desquelles il a quitté Nissa la Bella pour la Ville Lumière.

Félicien Tordo, Mémoire de photographe. Musée des Beaux-Arts, palais Carnolès, 3, avenue de la Madone à Menton. Jusqu’au lundi 10 septembre. Tous les jours sauf mardis et jours fériés. En août de 10h à 12h et de 15h à 19h ; en septembre de 10h à 12h et de 14h à 18h. Entrée libre.

Retrouvez de l’émotion, du tragique,

L’expo virtuelle de la Griotte :
paparazzades sur la Côte avec Angeli et Tordo

Daniel Angeli, Cannes 1971. John Lennon et Yoko Ono, le baiser

Daniel Angeli, Festival de Cannes 1971. John Lennon et Yoko Ono dans les rues d’Antibes

Daniel Angeli, Monaco, 1973. Le prince Rainier sur son yacht

Daniel Angeli, Paris 1971. Liz Taylor dans le train avec son chat

Daniel Angeli, Saint-Tropez 1971. Mick Jagger, Keith Richards (et un peu de poudre blanche) au mariage de Mick et Bianca

Daniel Angeli, Saint-Tropez 1979, Dustin Hoffman et sa femme Anne sur la plage

Daniel Angeli, Saint-Tropez, 1970. Charles Bronson et sa femme Jill Ireland

Daniel Angeli, Saint-Tropez, 1971. Serge Gainsbourg, Jane Birkin avec Charlotte et Kate

Daniel Angeli, Saint-Tropez, 1975. Dalida et le Comte de Saint-Germain

Daniel Angeli, Saint-Tropez, 1975. Kirk Douglas fait des essayages dans une boutique

Daniel Angeli, Saint-Tropez, 1976. Marcello Mastroianni

Daniel Angeli. Cannes 1973. Six heures du matin, Paul Newman descend du train en gare de Cannes.

Daniel Angeli. Saint-Tropez 1975. Brigitte Bardot bronze sur le ponton de la Madrague

Félicien Tordo. Johnny Hallyday, premier concert à Nice

Félicien Tordo. Michèle Morgan.

Félicien Tordo. Séance de maquillage du clown Zavatta.

Félicien Tordo. Rika Zaraï et Charles Aznavour.

Félicien Tordo. Yul Brynner et Michèle Morgan sur la terrasse du Carlton à Cannes en 1958.

Félicien Tordo. Alfred Hitchcock en 1963 à la descente d’un avion à Nice alors qu’il vient présenter son film Les Oiseaux.

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2 commentaires to “Razzia de paparazzis azuréens”

  1. Hello La griotte
    A Mougins en ce moment , il y a l’expo de Bern Stern sur Marilyn Monroe. Autrement , je me suis un peu amusé à jouer aux paparazzis avec le festival du film à Cannes:

    http://freeriders.over-blog.net/article-31402438.html

    http://freeriders2.over-blog.com/article-ces-50958810.html

    http://freeriders.over-blog.net/6-categorie-11827836.html

    bisous et bon dimanche
    pat

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  2. Merci Pat. La Griotte parle en effet de l’expo Marilyn à Mougins sur https://lagriotteanice.wordpress.com/2012/08/05/marilyn-a-letat-pur/

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