Ratapignata ? taratata !

Griotte AQUARELLES-86Quelle est belle cette Catherine Ségurane glorieusement drapée dans un grand vélum de pourpre et d’or, dans son temple monumental tout enguirlandé ! Le char de cette lavandière qui sauva la ville de Nice des Turcs en 1543 à grands coups de bâtons va certainement figurer parmi les grands gagnants du Carnaval en cette année 1875. C’est en effet à ce char allégorique, aussi académique que traditionnel, que le Comité des Fêtes attribue le premier prix. Mais les spectateurs rassemblés à Nice ne sont pas d’accord, mais alors pas d’accord du tout avec ce choix. Eux, ils ont bien évidemment préféré le fabuleux char de Jean Cuggia, baptisé Ratapignata (« la souris pourvue d’ailes » en niçois).

Char des Ratapignatas, illustrations de G. Mossa

Char des Ratapignatas, illustrations de G. Mossa

Le concepteur de ce char a imaginé un spectacle jamais vu jusqu’alors : quarante chauves-souris toutes de fourrures vêtues déployant leurs ailes noires sur un imposant château féodal en ruine de six mètres de haut. Il mérite sans aucun doute le premier prix tant par son originalité, son symbole identitaire fort et son nom ô combien niçois.

Furieux de son prix de consolation, Cuggia jette sa bannière sur le char tandis que toutes les chauves-souris ploient leurs ailes en disparaissant à l’intérieur du château qui se referme d’un seul coup. Le char Ratapignata quitte alors le corso, aussitôt suivi d’une grande partie de la foule qui applaudit à tout rompre.

Deux clans s’affrontent ensuite vigoureusement dans la ville : d’un côté les séparatistes (partisans d’un retour de Nice vers le royaume d’Italie) en faveur de Catherine Ségurane, et de l’autre le parti français qui salue l’esprit novateur du Ratapignata. Un comité des fêtes dissident se forme aussitôt dans un café et décide d’ouvrir une souscription publique pour offrir la bannière du Premier Prix au Ratapignata. C’est un triomphe.

Sous la pression de l’opinion publique, le Comité des Fêtes doit démissionner et on décide de scinder la fête en deux parties : le corso carnavalesque, dans le style grotesque et populaire avec bataille de confettis sur le cours Saleya (qui a lieu aujourd’hui place Masséna et Jardins Albert 1ER) et le défilé de voitures fleuries beaucoup plus conventionnel sur la Promenade des Anglais.

1875 ratapignata

La chauve-souris, animal des ténèbres qui se repose la tête en bas, et représentation inversée de l’Aigle, symbole héraldique de Nice, a ce jour-là renversé tous les codes, bannissant l’académisme et le style pompier, tout en remettant à l’honneur l’inversion et la truculence, inscrits désormais dans les gènes de Nice comme dans celui des plus grands carnavals du monde.

Le Carnaval de Nice 2013 bat son plein jusqu’au 6 mars.

Retrouvez toutes les photos du corso fleuri, de la bataille de fleurs et du corso des guignolos 2013

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4 Responses to “Ratapignata ? taratata !”

  1. Bravissimo, Griotte, pour cette page d’immersion (très) éclairée dans l’histoire du Carnaval Niçois. En l’espace de quelques secondes je viens d’avoir accès à une sacrée page d’information. je vais me coucher un peu moins bécasse (si, si, c’est possible!) ce soir. Question : j’espère que la Bonne ville de Nice va transposer toutes ces infos sur affiches, réparties aux coins les plus stratégiques de la ville !

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