Quand le Vieux Nice s’appelait Babazouk

Avant de se dérouler sur la place Masséna (corso carnavalesque) et la Promenade des Anglais (corso fleuri), le carnaval de Nice a d’abord pris ses quartiers dans la vieille ville, qu’on surnomme au XIXe siècle avec beaucoup d’esprit « Babazouk », adaptation locale d’une expression arabe signifiant la porte du souk et rappelant le célèbre siège de Nice par les Turcs où s’illustra (le derrière de) Catherine Ségurane.

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Antoine Rolland dit Touana de la Buffa, fondateur de l’Académia Nissarda, explique le terme de Babazouk ainsi :

Le nom de Babazouk aurait été donné par un certain Franceschin qui versniqab le milieu du siècle habitait le quartier arabe El Bazoum à Alger. Revenu à Nice, Franceschin établit une buvette dans l’ancienne chapelle désaffectée de Saint-Joseph, en plein cœur du Vieux-Nice ; son quartier était à l’époque aussi malpropre que devait l’être celui d’Alger. Par dérision et aussi en manière de plaisanterie, il l’appela d’abord le Babazoum, puis le Babazouk qui plut davantage aux oreilles niçoises. Le mot reste ».

Les pêcheurs niçois prennent au mot, et dans leurs filets, cette appellation, se déguisant pour le Carnaval en Arabes en 1862, et rappelant également le passage des Turcs à Nice en 1543, lors du fameux siège où s’illustra la légendaire Catherine Ségurane.

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Catherine Ségurane, envers et contre les Turcs

Catherine SéguraneEn 1543, François 1er, allié du sultan turc Soliman le Magnifique ordonne de prendre la ville de Nice. Vingt mille Franco-Turcs mettent le siège devant la ville pendant que 120 galères de combat de la Sublime Porte, commandées par le célèbre corsaire Barberousse (au service du sultan Soliman), attaquent Nice par la mer.

Les soldats turcs parviennent à se hisser jusqu’au sommet d’une tour du Vieux Nice et l’un d’entre eux agite en signe de victoire un étendard vert frappé d’un croissant d’or.

Catherine Ségurane, une lavandière, surnommée La maufaccia (laide, difforme en niçois), fracasse le crâne de cet impudent avec son battoir à linge, montre à ses ennemis la partie la plus charnue de son anatomie, arrache le drapeau en le mettant en pièce, et s’en sert pour s’essuyer. Ce geste aurait mis en fuite les assaillants et galvanisé la résistance niçoise contre les Français.

La ville est prise au cours du troisième assaut après plusieurs bombardements mais le château a résisté jusqu’à l’arrivée des troupes du duc de Savoie Charles III, le 9 septembre 1543, qui délivre les Niçois en provoquant le départ précipité de l’armée franco-turque.

boulet turc

La Griotte qui adore cette histoire, est obligée de reconnaître que l’existence de cette Catherine Ségurane, niçoise ni soumise, est contestée, certains lui attribuant seulement un caractère légendaire.

SeguraneWiki précise : « Quoi qu’il en soit, Catherine Ségurane s’est installée dans la mémoire collective niçoise. Au fil du temps, elle est devenue une figure mythique de la résistance locale jusqu’à incarner l’identité niçoise au point que les Niçois sont parfois surnommés par antonomase les « Seguran ». »

À l’époque de l’annexion du comté de Nice à la France et dans les décennies qui suivent, Catherine Ségurane incarne, pour les opposants à la domination française, le symbole de la fidélité à la Maison de Savoie.

Pendant le Carnaval de Nice en  1875, la rivalité entre le char allégorique représentant Catherine Ségurane, soutenu par le parti italien et l’autre, comique, présentant un château en ruines coiffé par des ratapignatas (chauve-souris en niçois), soutenu par le parti français, fut le sujet d’une histoire rocambolesque…. que la Griotte vous a raconté dans Ratapignata ? taratata ! Cliquez pour vous régaler.

Affiche-du-Carnaval-de-Nice-en-1916-

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Le carnaval, du Babazouk à la place Masséna

Le corso carnavalesque a donc eu lieu à l’origine dans le Vieux Nice sur le Cours Saleya et la rue Saint-François de Paule avant d’intégrer la place Masséna et le jardin Albert 1er, mais s’exile aussi aux côtés du corso fleuri entre 2005 et 2008 sur la Promenade des Anglais pour cause de travaux du tramway.

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Un hommage à Catherine Ségurane ? Corso fleuri du Carnaval de Nice 2013

Un hommage à Catherine Ségurane ? Corso fleuri du Carnaval de Nice 2013

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4 Responses to “Quand le Vieux Nice s’appelait Babazouk”

  1. Dans le vieux Nice on peut encore voir des vestiges du ghetto juif….
    La donna maufaccia n’avait peut-être pas un aussi joli popotin que cette brésilienne !
    bizz
    pat

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  2. salut biker, peut être un plus jolie popotin, mais aurait elle eu le courage de faire ce qu’a catherine de seguranne?

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