Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics, bancs publics…

Musée Peynet 7ont des p’tites gueules bien sympathiques sous la houlette de Raymond Peynet. Vous connaissez forcément ses « Amoureux » au trait délicat, aussi léger qu’empreint de poésie. Ce qu’on oublie parfois c’est qu’il était également dessinateur de presse, et qu’il a publié pendant 40 ans ses dessins « tendres, mais pas totalement innocents, pour traiter de l’actualité sérieuse avec grâce » dans France Soir, Nice Matin, Ici Paris et toute la presse de l’époque. Il a aussi dessiné des affiches pour la publicité (Air France), le cinéma (Les Pieds Nickelés), des illustrations de romans ou des décors et costumes de théâtre. Quatre musées en tous cas lui rendent hommage : deux au Japon, un à Brassac-les-Mines (mais si ça existe ! c’est tout près de Vézézoux) et un à Antibes, tout près de chez la Griotte.

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Elle est à lui cette chronique, lui l’Auvergnat qui sans façons…

Né à Paris en 1908 de cafetiers auvergnats, Raymond Peynet fait une école d’arts appliqués (juste en face du bistrot de ses parents) avant d’épouser Denis Damour (ça ne s’invente pas !), d’apprendre son métier de dessinateur chez Tolmer, une agence de publicité parisienne, et de publier ses premiers dessins humoristiques dans la presse quotidienne ou dans les magazines qui pullulent à cette époque.

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Le premier dessin de Peynet "le kiosque".

Le premier dessin de Peynet « le kiosque de Valence ».

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La légende raconte que c’est en 1942, à Valence, alors qu’il patiente en attendant un rendez-vous devant un kiosque à musique qu’il griffonne « un petit violoniste aux cheveux longs qui joue tout seul devant une admiratrice« . Ce dessin sera le prétexte d’une histoire croquée sur deux pages, qu’il envoie à Max Favalelli, qui n’est pas encore l’arbitre des Chiffres et des lettres, mais le directeur du journal Ric et Rac. Favalelli lui trouve un titre : « Les amoureux de Peynet » et le publie.

Le succès est fulgurant. Il inspire même à Brassens sa célèbre chanson des « amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics, bancs publics« , et à Aznavour « Les amoureux de papiers » chantée par Marcel Amont.

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Musée Peynet 1

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Hiroshima mon amour

Poupées PeynetDevant le triomphe de ces « Amoureux« , sa femme Denise le pousse à décliner ses dessins sur des porcelaines vendues dans le monde entier et sous la forme de poupées en latex fabriquées par l’entreprise Technigom de Montrouge. Six millions de poupées sont vendues, dans près de 200 modèles, en France, en Allemagne, en Italie et surtout… au Japon.

Parce que les plus grands fans de Peynet sont japonais ! Ils lui ont consacré deux musées et ont même érigé une statue de bronze des Amoureux sur le site d’Hiroshima, comme symbole de l’amour et de la paix.

Le bonheur et la paix, sculpture de Geneviève Labrousse d'après Peynet, bronze d',60 m à Hiroshima depuis 1988

Le bonheur et la paix, sculpture de Geneviève Labrousse d’après Peynet, bronze d’,60 m à Hiroshima depuis 1988

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Peynet, amoureux d’Antibes

Musée Peynet 3Le petit Peynet en culottes courtes venait très souvent avec ses parents en vacances à Antibes depuis l’après-guerre. Il a continué longtemps, avant d’acheter un appartement en bord de mer (en 1976) tout en collaborant régulièrement avec la Ville, à laquelle il a offert plus de 300 oeuvres (affiches et lithographies) jusqu’à sa mort, en 1999, à 90 ans.

En 1989, la ville a décidé de rendre hommage à son célèbre citoyen, et a construit au coeur du vieil Antibes un musée dont les formes octogonales reprennent celles de son célèbre kiosque de Valence. On y retrouve ses lithographies, ses eau-fortes, ses gouaches, ses encres de Chine mais aussi ses porcelaines, ses poupées et ses dessins de presse.

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Une fresque hommage à Peynet peinte sur la façade d’une maison de la rue Saint-Sauveur au Cannet (photo trouvée sur le blog de Kinou)

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On y suit aussi un court-métrage passionnant sur la vie de cet artiste qui répétait sobrement qu’il était devenu dessinateur parce que « dessiner était ce que je savais faire le mieux... »

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Musée Peynet 8

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En 1995 le musée s’est ouvert aux dessinateurs d’humeur et d’humour, ode au véritable métier de Peynet, et est devenu Le musée Peynet et du dessin humoristique. Grâce à son directeur, le breton ancien policier à l’Élysée, Marc Gougeon, le musée possède aujourd’hui un fonds passionnant de dessins de presse, de la fin du XIXe siècle (Granville, Caran d’Ache, Daumier) à nos jours, en passant par Sennep, Poulbot, Sem, Plantu (le parrain du musée), Faizant, Sempé, Chenez, Piem, Mordillo, Uderzo, Morchoisne ou Dubout qui fut l’ami de Peynet. Gougeon voudrait même faire de ce musée « un portail du dessin humoristique du bassin méditerranéen ».

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Peynet et Dubout

Peynet et Dubout réunis

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Musée Peynet 5Enfin, notez que comme un bonheur amoureux ne vient jamais seul (forcément !), ce musée est niché au coeur du vieil Antibes ce qui garantit une promenade aussi enthousiasmante que romantique, que l’entrée ne coûte que 3€, que c’est gratuit pour les moins de 18 ans et qu’il est ouvert le mardi.

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  • Musée Peynet et du dessin humoristique, Place nationale à Antibes – 04 92 90 54 29.

Ouvert tous les jours sauf lundi et jours fériés de 10h à 12h et de 14h à 18h. Entrée 3€, tarif réduit 1,50€. Gratuit pour les moins de 18 ans.

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Diplôme d'amour

Peynet a réalisé un « diplôme d’amour » pour marquer son attachement à Antibes. Depuis, ce « diplôme » est remis solennellement en mairie pour chaque mariage. Les Japonais viennent même parait-il confirmer leur union à Antibes pour recevoir ce fameux diplôme.

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6 Responses to “Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics, bancs publics…”

  1. Merci pour ce bain de fraîcheur signé PEYNET, et pour cet hommage à ce merveilleux et immense artiste que fut l’inoubliable BRASSENS.

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  2. Je le connais bien le kiosque de Peynet à Valence ! J’ai à la maison une petite sculpture en céramique, montée comme un tableau, ça s’accroche au mur, et le style est le même. Ça représente deux amoureux côte-à-côte qui se tiennent par le bras. Je me demandais s’il avait aussi réalisé ou alors juste inspiré cette petite sculpture. Pas de signature a priori. T’en penses quoi?

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  3. Pas experte la Griotte, juste curieuse et touche-à-tout. Donc impossible de te répondre Stéphix. Mais peu importe la signature du moment que cette petite sculpture t’émeut non ?

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  4. Brioude ne serait-elle une ville auvergnate plus connue comme étant une agglomération proche de Brassac-les-Mines que Vézézoux (tout petit village).

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