Palaces cannois : Martine(z) à la plage

alaplageMonica Belluci, Juliette Binoche, Ryan Gosling, Bérénice Bejo, Eva Mendes et l’équipe du Grand Journal de Canal+ étalent leurs privilèges et s’auto-congratulent durant tout le festival sur la plage d’un des plus célèbres palaces cannois : le Martinez. Loin des paillettes télévisuelles, la Griotte s’est intéressée à l’histoire mouvementée de cet hôtel Art Déco dominant la Croisette conçu en 1927 par l’architecte niçois Charles Palmero, et à la destinée tragique de son fondateur, l’Italien Emmanuel Martinez.

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La Croisette ancienneil

Durant la Première Guerre Mondiale, alors qu’il était directeur de l’hôtel Ruhl de Vichy, Emmanuel Martinez y fait installer un hôpital auxiliaire pour soigner les blessés de guerre et les gueules cassées, et fait de même à Cannes.

Emmanuel Martinez, le fondateur du palace cannois

Emmanuel Martinez

Entre 1920 et 1927, il dirige les plus grands hôtels de Nice : l’hôtel Ruhl, l’hôtel Royal, l’hôtel France, l’hôtel Savoy et l’hôtel Impérial, la restauration du casino municipal, et aussi l’hôtel Westminster de la rue de la Paix à Paris et le Grand Hôtel de Cabourg.

Fort de cette belle expérience dans l’hôtellerie de luxe, Martinez décide de construire son propre palace. Il achète la Villa Marie-Thérèse le 22 septembre 1927. Cette villa excentrée appelée La Coquette à la fin du XIXe siècle, avait été rachetée, embellie, rénovée et agrandie en 1874 par le Roi de Naples en exil, François II de Bourbon des Deux-Siciles, qui l’avait rebaptisée “Villa Marie-Thérèse” et en avait fait le haut lieu des mondanités cannoises du début du XXe siècle.

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La Croisette en 1916

La Croisette en 1916

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Martinez la fait démolir pour construire le plus grand hôtel de la région auquel il donne son nom et qu’il ouvre le 20 février 1929 au gotha du monde entier.

Inauguré en pleine crise de 29, le Martinez fait partie des premiers palaces profitant de la mise en place de la saison d’été en 1931 sur la Côte d’Azur, jusqu’alors lieu de villégiature exclusivement hivernal (voir l’article de la Griotte :  Les premiers estivants sur la Côte).

Mais les fastes et les réjouissances du Martinez durant les années 30 vont laisser place à des heures sombres pour son fondateur.

En 1944, le gouvernement provisoire du Général de Gaulle lui confisque son hôtel et le condamne pour « atteinte à la sûreté de l’État ». En effet, à la Libération Martinez est jugé pour avoir vendu une partie de ses parts à un très riche collaborateur avec les nazis : Mandel Szkolnikoff, dit « Monsieur Michel ». Ce juif du Sentier, apatride d’origine russe surnommé « l’Empereur du marché noir », a fait fortune dans la vente de kilomètres de tissus à la Gestapo.

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La Croisette vers 1948

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Crime et châtiment

Martinez est acquitté en 1945 par la Haute Cour de Justice de Lyon, et lavé de l’accusation de « collaboration avec l’ennemi nazi ». Il doit son salut au témoignage d’une trentaine de Français, de soldats anglais et de Juifs dont il a sauvé la vie en les cachant au Martinez ou en leur faisant bénéficier de ses réseaux pour les tirer des griffes nazies. Mais son palace ne lui est pas rendu, et il doit tout de même la coquette somme de 3 milliards de francs de l’époque à l’État, au titre de solidarité avec (le rat) Szkolnikoff. Il meurt ruiné le 15 octobre 1973 à Gênes, à l’âge de 91 ans.

Son honneur lui sera rendu, de manière posthume, puisque l’année suivante, la Cour de Cassation reconnaît que la preuve de la prétendue vente de l’Hôtel Martinez à ce collaborateur notoire n’a jamais été rapportée et annule sa condamnation originelle.

Après la guerre, sans son fondateur, l’hôtel Martinez retrouve tout son lustre et son prestige en accueillant l’état-major des troupes américaines. Il a reçu Mistinguett pour un gala au profit des orphelins de guerre puis de nombreuses stars mondiales, notamment durant le festival de cinéma.

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Hôtel Martinez 3

En 1981, le gouvernement de Raymond Barre cède l’hôtel au groupe Concorde, filiale de la société familiale Taittinger pour 65 millions de francs. Esther Rossini-Martinez, veuve du fondateur de l’hôtel, aujourd’hui sans ressources et recluse dans une maison de retraite à Gênes, en Italie, et Suzanne Kenny, la fille que l’hôtelier a eue avec une femme de chambre, continuent à réclamer un dédommagement pour la perte d’exploitation qu’elles ont subie.

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Hôtel Martinez 4

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Le Martinez s’appelle aujourd’hui Grand Hyatt Cannes Hôtel Martinez et vous pouvez vous y faire dorer (sur tranche) la pilule dans une chambre avec vue sur mer à partir de 300 euros environ (hors festival).

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Hôtel Martinez 2

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  • Grand Hyatt Cannes Hôtel Martinez – 73 boulevard de la Croisette, Cannes – 04 93 90 12 34

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D’autres infos bling-bling et people croquées par la Griotte ? Le Negresco à Nice, Robert Mitchum sur la Croisette, les yachts, les maisons de stars….

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