Suzanne Lenglen, la Divine

Suzanne Lenglen 1Monsieur Charles Lenglen est très fier de sa réussite. Riche industriel du nord, il aime, comme la plupart des nantis de ce début de XXe siècle, passer l’hiver à Nice avec sa famille. Le climat azuréen fait beaucoup de bien à sa fille Suzanne, née à Paris en 1899, qui est plutôt de santé fragile. C’est sans doute en observant de sa villa les Anglais qui viennent disputer les tournois de tennis de printemps sur les courts de la Villa Impériale tout proches, qu’il a l’idée d’offrir une raquette à sa fille pour ses 10 ans. Puisque Suzanne manifeste très vite son plaisir et son talent sur le court de tennis familial, à Marest-sur-Matz dans l’Oise comme à Nice, il décide de l’entraîner pour en faire une championne. Drôle d’idée à cette époque où le sport est réservé à une élite et la compétition une affaire de gentlemen !

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Divine in Nice

lenglen-1930Il faut dire que Charles Lenglen a une méthode bien à lui pour l’entrainement de Suzanne. Chaque midi, il place des petits mouchoirs blancs sur le court et offre une pièce d’argent à sa fille à chaque fois qu’elle les atteint. Le soir, elle prend des leçons de danse.

Nul doute que la combinaison des deux disciplines a influencé très largement son style léger et gracieux sur les courts du monde entier. Elle prouvera très vite ainsi qu’on peut pratiquer un sport de haut niveau tout en gardant une certaine élégance tout en féminité.

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lenglen mosaïque

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Elle s’inscrit très vite au Nice Lawn Tennis Club (Nice LTC) où a lieu aujourd’hui l’Open de Nice Côte d’Azur, rue… Suzanne Lenglen.

À 13 ans, en 1912, elle dispute son premier tournoi senior et ne lâche plus le succès du bout de sa raquette. Elle sert par le haut et non pas à la cuillère, monte à la volée, smashe en sautant très haut et virevolte sur le court avec un énergie incroyable.

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Le style Suzanne Lenglen

Le style inimitable de Suzanne Lenglen

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Son style et son talent sont très vite remarqués : un an plus tard, elle est sollicitée par le champion du monde masculin, le Néo-Zélandais Anthony Wilding, pour faire équipe en double mixte.

Elle atteint en 1914 la finale du championnat de France (futur Roland Garros) qu’elle perd de justesse contre la tenante du titre Marguerite Broquedis. Elle se console en remportant facilement le titre en double mixte avec Max Decugis, avant d’être sacrée championne du monde sur terre battue à Saint-Cloud trois semaines plus tard. Elle a tout juste 15 ans.

Suzanne Lenglen et Max Decugis (de Biot), champions olympiques en double mixte à Anvers en 1920

Suzanne Lenglen et Max Decugis (de Biot), champions olympiques en double mixte à Anvers en 1920

La première Guerre Mondiale ne trouble pas la jeune championne. Elle en profite pour s’entraîner avec ses amis masculins ou des officiers de retour du front, peaufinant à la fois sa force et sa technique.

En 1919, elle devient championne du monde sur herbe en remportant son premier Wimbledon contre une « vieille » Anglaise de 40 ans, Mrs Lambert-Chambert. On raconte que la reine Mary devient aussitôt fan de la petite « Suzène » et qu’elle demandait qu’on établisse son emploi du temps royal en fonction de l’horaire des matches de la petite Française surdouée.

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La Divine

Toujours accompagnée de sa mère et entrainée par son père, Suzanne participe aux tournois les plus prestigieux dans toute l’Europe, arrache trois médailles – dont deux en or, aux Jeux Olympiques d’Anvers en 1920, remporte six fois le tournoi de Wimbledon et les Internationaux de France en simple, et le titre de championne du monde sur terre battue sans interruption de 1919 à 1923.

En sept ans, elle remporte 241 tournois et signe 171 victoires consécutives. Elle mène le tennis féminin au niveau du tennis masculin, tant par la qualité du spectacle qu’elle produit à chaque fois que par l’intérêt du public.

Associée en mixte à Max Decugis dès 1914, elle change de partenaire en 1921. C’est Charles Lenglen au nez creux qui choisit Jacques Brugnon, futur Mousquetaire. Avec lui et Jean Borotra (l’autre mousquetaire avec René Lacoste) elle remporte les championnats de France et Wimbledon.

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Avec Jacques Brugon à l'entrainement

Avec Jacques Brugnon à l’entraînement

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Celle que les médias appellent « la divine » devient en même temps la coqueluche du gotha grâce notamment à sa tenue : une jupe plissée raccourcie sous le genou, un bandeau rose dans les cheveux et la fourrure qu’elle n’oubliait jamais de porter pour entrer sur le court. Avec sa famille elle mène grand train et reçoit le gratin européen dans sa villa niçoise. En 1922, elle est la vedette du char « Tout au sport » du Carnaval de Nice.

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Suzanne Lenglen, vedette du char Tout au sport, Carnaval de Nice 1922

Suzanne Lenglen, vedette du char « Tout au sport » au Carnaval de Nice en 1922

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Suzanne Lenglen 3Habillée par les grands couturiers, elle aime être photographiée même si les caricaturistes de l’époque ne ratent pas son nez crochu, son visage peu avenant et son sourire carnassier. Sa vie sentimentale, chaotique et qui ne comble guère son coeur d’artichaut, est aussi l’objet de toutes les chroniques de la presse internationale.

Mais sa santé ne cesse de se dégrader au fil des années. De coqueluche en jaunisse, elle est obligée de s’économiser et cesse ses célèbres acrobaties au filet pour se concentrer sur le jeu de fond de court. En 1921, à peine remise d’une coqueluche, fatiguée et toussant à chaque changement de côté lors d’un match exhibition au profit d’une oeuvre caritative aux États-Unis, elle doit abandonner au milieu du deuxième set. Elle est huée par le public et méchamment critiquée par les médias américains. C’est sa seule et unique défaite de toute sa carrière.

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dompteur

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En 1926, la championne d’Amérique, Helen Wills, vient défier Suzanne Lenglen au tournoi de Cannes, sur le court de l’hôtel Royal Carlton. Les trois mille places sont louées en une heure, et des spectateurs s’installent même sur les toits des maisons des environs. Le match est arbitré par l’arbitre des finales féminines de Wimbledon qui a fait le déplacement pour l’occasion tant l’événement est exceptionnel. La Française gagne après un match d’anthologie. Les deux joueuses se donnent rendez-vous pour la revanche aux Internationaux de France en juin. Mais l’Américaine sera victime d’une crise d’appendicite, et le match joué à Cannes restera leur seule et unique rencontre.

Regardez cette vidéo irrésistible tournée pendant ce légendaire tournoi de Cannes, Lenglen tournoyant et sautillant sans cesse. Et montez le son pour profiter du commentaire anglais so BBC.

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Suzanne Lenglen à Cannes en 1926

Le match Lenglen/Wills de Cannes en 1926, une image offerte pour l’achat d’un paquet de cigarettes allemandes

 

Divine idylle

Elle quitte le tennis amateur en 1926, entame une tournée professionnelle aux États-Unis et gagne les 38 matches qu’elle dispute face à Mary Browne, la première Américaine devenue professionnelle. C’est aussi au pays de l’Oncle Sam qu’elle trouve l’amour, en la personne de Charles Baldwyn, richissime héritier en instance de divorce. Mais après deux ans de passion, le divorce tant attendu n’ayant jamais lieu, elle rentre à Paris sans son fiancé.

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Suzanne Lenglen et Mary Browne

Suzanne Lenglen et Mary Browne

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En 1927, elle ouvre une école de tennis à Paris, reconnue comme un centre fédéral d’entraînement par la Fédération Française de Tennis en 1936.

Suzanne Lenglen à Roland Garros

Suzanne Lenglen à Roland Garros

Atteinte d’une leucémie foudroyante, elle meurt le 4 juillet 1938 et est inhumée au cimetière parisien de Saint-Ouen.

Depuis 1997, un court, une avenue portent son nom au stade Roland-Garros, et elle y a même une statue.

Une avenue de Nice, un parc du 15e arrondissement de Paris, des rues (Poitiers, Pau, Tours) et une station de la ligne T2 du tramway parisien portent son nom.

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Cette chronique de la Griotte vous a plu, partagez-la, et faites un tie-break en découvrant l’histoire de la naissance des courts en terre battue à… Cannes. Cliquez ici pour découvrir : Terre battue, yes we Cannes.

2 commentaires to “Suzanne Lenglen, la Divine”

  1. Jeux de balles ou de ballons,
    Un peu de rêve, plein de pognon,
    Qui tournent en rond!

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  2. Merci pour cet article intéressant sur cette grande championne, dont peu de personnes connaissent encore le parcours.

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