« La liberté des autres étend la mienne à l’infini » (Bakounine)

Richard WagnerEn cette saison de festivals musicaux (celui de Bayreuth commence le 25 juillet), faites sonner les trompettes de Tannhäuser, entrez dans les légendes scandinaves, convoquez les esprits de Siegfried, Parsifal ou Lohengrin, embarquez dans le Vaisseau fantôme, frissonnez aux accents déchirants des amants Tristan et Isolde, rendez hommage à l’Allemagne de Bach et de Luther en courbant l’échine devant les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, passez des bras de Minna à ceux de Cosima von Bûlow, la fille de Lizt, entrez sous les lambris des palais du jeune Louis II, roi de Bavière, et surtout succombez à la musicalité de la langue de Vincent Borel. Dans Richard W., il raconte Wagner intime avec grand art et érudition et nous plonge dans le mystère de la création artistique. C’est aussi passionnant que délectable à lire.

Un seul bémol à cette débauche de superlatifs :  la personnalité de Wagner lui-même forcément, odieux, tyrannique, prétentieux, jaloux, inconstant, capricieux, antisémite autant que persuadé de son génie. On a du mal à s’y attacher mais grâce à la verve poétique tout autant que savante du fou d’opéra Vincent Borel, on traverse l’Europe musicale du XIXe siècle, de Paris à Dresde, de Munich à Bayreuth, en un saisissant portrait. Magistral, instructif et passionnant !

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À découvrir de toute urgence, même si vous n’êtes pas branché sur France Musique en permanence, même si vous préférez le Nice Jazz Festival ou les Vieilles Charrues au festival de Bayreuth (prononcez « Baillereute »), ne serait-ce que pour se délecter du style de Vincent Borel.

413xh45zZGL._Paris était d’abord une ville à tiroirs et à coteries, une cité de ronds-de-cuir où la médiocrité affichait sa prépondérance. les pousses du génie flétrissaient dans les mansardes ; les artistes officiels paradaient, la rosette de leur Légion d’honneur à la boutonnière. Les académiciens étaient des poussifs ventripotents : le talent ne mangeait que tous les trois jours, comme lui, jadis, avec Minna. » (p. 23)

Le printemps est doux aux amants de Lucerne. L’aube du Vendrei saint 1866 les enveloppe d’un cocon d’argent brumeux où rien, des montagnes alentour, ne se distingue. L’esprit se dissout sur l’horizon du lac. Une perspective de collines boisées s’épuise en un infini rythmé par le clapotis et la corne de brume des vapeurs. Ce sont les uniques bruits que l’oreille perçoit. Les calèches des touristes oisifs s’ébranleront plus tard. Le petit peuple affairé des Lucernois ne crie pas, il semble même ne pas parler, engourdi par la nonchalance de ces rives fortunées. » (p. 163)

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  • Richard W. de Vincent Borel, éditions Points, 283 pages, 7,20€.

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PS : la citation de Bakounine est celle placée en début de roman.

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3 Responses to “« La liberté des autres étend la mienne à l’infini » (Bakounine)”

  1. Merci, merci et merci !
    Alfonsino

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  2. Je ne sais pas pourquoi mais mon petit doigt m’avait soufflé que ça pourrait vous plaire cher Alfonso. 🙂

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