Fastbooks et twittueur

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L’Académie Balzac, la première télé-réalité littéraire jamais tournée en France, a atteint son objectif : les vingt candidats logés dans un château ont achevé l’écriture de leur roman collectif sous l’oeil des caméras qui retransmettaient cette émission sur internet au mois d’octobre. Ils étaient 40 et ont mis 20 jours à produire un livre fastbook aujourd’hui édité : Une tombe trop bien fleurie. Une blague ? Non. Même pas. Le plus étonnant c’est que cette usine d’écrivains enfermés est très exactement le sujet d’un vrai bon polar (lui !) qui vient de sortir : Les éditions dangereuses, du maître et ami de la Griotte : Michel Seyrat.

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Quand un ex-libraire passionné, prof de lettres érudit et amoureux des mots écrit un bouquin, de quoi parle-t-il ? De livres, de librairies, d’éditeurs et d’écrivains bien sûr.

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Dans la librairie « Au Temps Retrouvé », chaque livre était adoré comme la parcelle d’une divinité globale, surabondante, débordante, en expansion permanente. En entrant, on était accueilli par le tintement d’une clochette et par une odeur particulière où se mêlaient celles de la poussière, du papier, de l’encre d’imprimerie, des senteurs de tabac froid, des traces de parfums élégants. En envahissant les narines, cela créait une espèce de cocon plutôt confortable, encore qu’un peu âcre.

Les livres s’accumulaient, s’empilaient, se cachaient les uns les autres, coulaient jusqu’au sol où ils délimitaient des sentiers, comme les bordures à demi enterrées d’un jardin que la végétation de papier envahissait. » (Les éditions dangereuses)

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kvmo-seyratQuand Michel Seyrat le Niçois, né au milieu des livres de la librairie de son père, la plus célèbre de Nice, écrit son premier polar, de quoi parle-t-il ? Des affres de la création du héros écrivain, Larry Dammer, et surtout de la mort suspecte d’un éditeur d’un nouveau genre, Jean-Bernard Brisseau-Brévent, plus connu sous le pseudo de «J3B», au sein d’une manufacture de best-sellers « couvent d’écriture ».

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La vie dans le couvent d’écriture de J3B me laissait une curieuse impression, ni agréable, ni désagréable, étrange, comme si j’avais vécu dans une nouvelle de science-fiction, ou dans un exil de gens semblables chassés en même temps de leur pays natal. Mais aussi comme dans une prison dorée, par l’isolement, le confort et l’exercice de mon activité préférée : écrire. Mais prison tout de même, car les règles, que nous avions acceptées par contrat, étaient rudes. Il fallait écrire chaque semaine un certain nombre de pages, dans un genre choisi au départ et codifié rigoureusement. Pour chaque jour de présence, nos épouses ou nos ayants droit recevaient une sorte de prime, supprimée quand nous sortions.  » (Les éditions dangereuses)

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L’intrigue se noue à Paris et à Nice dans un endroit futuriste (?), des locaux aseptisés où des auteurs se retrouvent pour produire grâce à une machine infernale baptisée « Lyre pour mieux écrire » des livres aussitôt édités et mis en rayons. Cette machine à fast books carillonne et clignote de conseils et de remarques sur le fond comme sur la forme, destinés à aider et motiver l’écrivain tâcheron :

PAS DE TITRE le service accroche-clients s’en charge.

Pour envoyer aujourd’hui assez de pages à l’unité centrale N’ATTENDEZ PAS TROP

Cette description dépasse DIX lignes. Vous devenez en supprimer HUIT.

Les coupures seront effectuées par le service satisfaction-clients.

Les clients de LECTURE refusent les mots de plus de quatre syllabes.

Le coupable ne peut pas appartenir à la bonne société les clients de LECTURE n’aiment pas cela.

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On y croise aussi des requins de la finance, des ex-agents du KGB, des stylos bulgares mortels, des auteurs stressés, des éditeurs ambitieux…

9782917790700Un récit rocambolesque, une enquête haletante au pays de la création littéraire et du marché de l’édition. C’est passionnant, c’est bien écrit, c’est original et c’est bien sûr hautement recommandé par la Griotte !

Alors si vous hésitez entre le pavé de la rentrée : la crise de foi d’Emmanuel Carrère « Le Royaume » et le dernier Goncourt, foncez acheter Les éditions dangereuses de Michel Seyrat.

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3 Responses to “Fastbooks et twittueur”

  1. Il me plaît bien ce livre, je l’ajoute à ma liste.

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