L’expo Enki Bilal, c’est maintenant ou…. en 2016 !

Capture d’écran 2014-11-12 à 16.44.13

Son trait est reconnaissable du premier coup d’oeil. Le génial touche-à-tout Enki Bilal est le héros d’une exposition exceptionnelle à l’hôtel des Arts de Toulon jusqu’au 4 janvier 2015. Oxymore and more, une expo à ne manquer sous aucun prétexte ! Après il faudra attendre 2016 pour revoir une expo Bilal et… se rendre à Tokyo ! Et en plus c’est gratuit !!

Capture d’écran 2014-11-12 à 16.41.31Illustrations, peintures, clips vidéo, compression cinématographique et bien entendu, bandes dessinées, près d’une centaine d’œuvres permettront de découvrir les multiples talents de cet « artiste hybride » et écologiste engagé, qui a construit sa vie et son œuvre autour du dessin.

L’Hôtel des Arts, centre d’art du Conseil Généraldu Var, expose depuis près de 15 ans des artistes contemporains à la renommée internationale en explorant tous les supports ; à la peinture, la sculpture et la photographie, se sont ajoutés ces deux dernières années l’architecture, la vidéo, les arts numériques et, à travers « Oxymore and More », pour la première fois, la bande dessinée.

Extraits de l’entretien entre Enki Bilal et Pascal Orsini, commissaire de l’exposition – avril 2014

il

Pascal Orsini : Vous êtes né à Belgrade, en Yougoslavie, en 1951. Vous y avez vécu 10 ans, puis vous êtes venu rejoindre à Paris, votre père qui avait fui le régime de Tito. Lorsque vous évoquez cette période, vous semblez avoir vécu en Yougoslavie une enfance heureuse et vous parlez de grisaille en arrivant en France. Pourriez- vous nous expliquer ce paradoxe?
Enki Bilal : Le souvenir de mon enfance à Belgrade est à la fois assez heureux et assez tendu. L’absence d’un père est quelque chose d’assez pesant. Le mien était parti effectivement faire un long voyage d’affaire en France, à Paris. Comme mon père avait été un proche parmi les partisans de Tito (il avait lutté auprès de Tito contre les nazis), cela donnait une situation un peu particulière : un de ses proches, tout à coup, quittait le pays qu’il avait soutenu. L’enfance était heureuse parce que Belgrade permettait ce bonheur, en 51, après la guerre. Il y avait un élan, un véritable élan autour de Tito qui avait su insuffler cette espèce de tour de force qui permettait de faire vivre ensemble, des Serbes, des Croates, des Bosniaques, des Macédoniens, des Slovènes… Il avait créé cet espèce de sillage, cette résistance forte (qui a été reconnue par tous les historiens) qui donnait cette impression de bonheur ; et en même temps, dans notre famille, avec ma mère, ma sœur et moi, il y avait une espèce de tension, une épée de Damoclès, dans l’attente du moment où mon père qui était installé à Paris, nous demanderait de le rejoindre. Donc quand je dis que c’était plus ou moins heureux, c’est vrai. L’arrivée à Paris, quand je parle de grisaille (ce n’est pas une image météorologique), c’était lié à la difficulté d’intégrer cette société dans laquelle nous n’étions pas les plus favorisés. Il y avait un problème financier qui a énormément pesé. Notre intégration, si elle s’est très très bien faite au niveau de la langue (ce fut une merveille pour moi de découvrir la langue française), au niveau de l’école et du lycée, par contre au niveau de la vie sociale, c’était beaucoup plus lourd, plus difficile. La grisaille que j’évoque en parlant de ces années-là, était liée à cela.
il
il
Capture d’écran 2014-11-12 à 16.41.50
il
Pascal Orsini : En arrivant à Paris, plutôt en banlieue, vous vous réfugiez dans le dessin (vous employez même le mot « enfermez »). Que vous apporte le dessin dans cette période particulière ?
Enki Bilal : Le dessin, je l’avais commencé gamin évidemment, à Belgrade où j’avais été remarqué pour mon coup de crayon (j’allais presque dire mon coup de craie parce que je dessinais beaucoup sur les trottoirs). Cette envie du dessin, cette forme de reconnaissance (ma mère qui dessinait bien m’encourageait), s’est développée tout de suite en arrivant en France lorsque j’ai découvert la fameuse école française de bande dessinée. J’ai découvert «Tintin », « Spirou » et « Pilote », tous ces magazines, puis Tintin la série, le personnage. Enfin la langue française arrivant là-dessus, je me suis senti dans l’endroit où il fallait être pour réaliser ce qui allait me faire rêver très vite, c’est-à-dire devenir dessinateur, auteur de bande dessinée, mélangeant l’écriture et le dessin. Et c’est ainsi que je deviens un « forcené » du dessin ; je dessine énormément, je me réfugie dans le dessin pour me protéger un peu de cette difficulté sociale dont je parlais. Dans cette forme de malheur, il y a aussi une forme de chance de pouvoir développer comme cela, d’une façon un peu obsessionnelle, cette envie de dessiner, de me concentrer sur l’écriture et de découvrir les auteurs français, puis anglo-saxons. Je pense que lorsqu’on vit dans un pays dont on maîtrise la langue, on n’a pas la même conscience du pouvoir des mots. Là, j’ai eu la chance de découvrir sur le tard, 10 ans-12 ans, une nouvelle langue.
il
Capture d’écran 2014-11-12 à 17.00.27il
  • Expo Enki Bilal Oxymore and more – Jusqu’au 4 janvier 2015 –  Hôtel des Arts 236, boulevard Maréchal-Leclerc à Toulon
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Fermeture le lundi, le 25 décembre et le 1er janvier
Tarif : Entrée libre
Publicités
Étiquettes : ,

One Comment to “L’expo Enki Bilal, c’est maintenant ou…. en 2016 !”

  1. une très belle expo dommage je ne pourrais pas m’y rendre

    J'aime

Un commentaire éclairé ? une remarque pertinente ? un petit coucou en passant ? faites-vous plaisir...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s