Comptines classées X

Griotte AQUARELLES-78 - copie

Savez-vous que certaines comptines comme Au clair de la lune, Il était une bergère et autres Il court, il court le furet sont en fait des chansons paillardes ? Vous n’écouterez plus de la même manière vos chères petites têtes blondes à la fête de l’école, entre colliers de nouilles et déguisement de hiboux ou calamar. Quel coquin cet ami-Pierrot tout de même !

Au clair de la lune

Celle là, c’est la préférée de la Griotte ! La chanson entière a un double sens.

Au clair de la lune,
Mon ami Pierrot,
Prête-moi ta plume
Pour écrire un mot.
Ma chandelle est morte,
Je n’ai plus de feu ;
Ouvre-moi ta porte,
Pour l’amour de Dieu.
Au clair de la lune

Au clair de la lune

Au clair de la lune,

Pierrot répondit :
« Je n’ai pas de plume,
Je suis dans mon lit.
Va chez la voisine,
Je crois qu’elle y est,
Car dans sa cuisine
On bat le briquet.
Au clair de la lune,
L’aimable Lubin
Frappe chez la brune,
Ell’ répond soudain :
— Qui frapp’ de la sorte ?
Il dit à son tour :
— Ouvrez votre porte
Pour le dieu d’amour !
Au clair de la lune,
On n’y voit qu’un peu.
On chercha la plume,
On chercha le feu.
En cherchant d’la sorte,
Je n’sais c’qu’on trouva ;
Mais je sais qu’la porte
Sur eux se ferma…

Premier sens, auquel on pense lorsqu’on chante la chanson à son enfant: Un homme ne peux plus travailler le soir car il n’y voit plus rien, il va donc demander à Pierrot s’il a de la lumière, mais celui ci, étant déjà au lit, lui conseille d’aller demander à la voisine. A la fin de l’histoire, l’homme entra chez la voisine. Point.

Pas vraiment excitant ? Sauf quand on sait que :

  • « La plume » (qui est une déformation de « lume », lumière), et la chandelle, sont des symboles phalliques, sans parler de la métaphore du feu, qui évoque la passion, l’ardeur sexuelle également.
  • « On bat le briquet »: Battre le briquet signifie faire l’amour.
  • « Lubin »: Il s’agit d’un moine perverti!

À la lume de ces explications, voici comment on pourrait donc raconter la version XXX : L’homme d’Église coquin et en manque de sexe veut retrouver un peu de piment dans sa vie, et s’en va donc, en pleine nuit, faire l’amour à sa voisine, réputée pour avoir des moeurs légères et la lune accueillante.

il

À la claire fontaine

Il y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai

Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai

À la claire fontaine
M’en allant promener
J’ai trouvé l’eau si belle
Que je m’y suis baigné
Il y a longtemps que je t’aime jamais je ne t’oublierai
Sous les feuilles d’un chêne
Je me suis fait sécher
Sur la plus haute branche
Un rossignol chantait
Il y a longtemps que je t’aime jamais je ne t’oublierai
Chante, rossignol, chante
Toi qui as le cœur gai
Tu as le cœur à rire
Moi, je l’ai à pleurer
Il y a longtemps que je t’aime jamais je ne t’oublierai
J’ai perdu mon ami
Sans l’avoir mérité
Pour un bouton de rose
Que je lui refusai…
Il y a longtemps que je t’aime jamais je ne t’oublierai
Je voudrais que la rose
Fût encore au rosier
Et que mon doux ami
Fût encore à m’aimer
Il y a longtemps que je t’aime jamais je ne t’oublierai

« Un rossignol chantait« , « bouton de rose » et les allusions à l’eau et la rivière font souvent référence à l’intimité féminine. Le bouton de rose est un euphémisme poétique désignant la virginité. On ne sait pas vraiment ce qu’il s’est passé ce jour-là pour elle, mais « Sous les feuilles d’un chêne, Je me suis fait sécher » nous donne un bel indice !
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Il court, il court, le furet

Il court, il court, le furet
Le furet du bois, mesdames,
Il court, il court, le furet
Le furet du bois joli.
Il est passé par ici
Le furet du bois, mesdames
Il est passé par ici
Le furet du bois joli.

(Refrain 🙂
Il court, il court, le furet
Le furet du bois, mesdames,
Il court, il court, le furet
Le furet du bois joli.

Il repassera par là
Le furet du bois, mesdames
Devinez s’il est ici
le furet du bois joli.
Le furet est bien caché
Le furet du bois, mesdames,
Pourras-tu le retrouver ?
Le furet du bois joli.

C’est tout simplement une belle contrepètrie à traduire par  « Il fourre, il fourre, le curé » . Comme quoi les histoires de sexe et de pédophilie dans l’église catholique ne datent pas du XXIe siècle…. malheureusement !

il

Nous n’irons plus au bois

Griotte AQUARELLES-86 - copie

Nous n’irons plus au bois les lauriers sont coupés

Nous n’irons plus au bois,
Les lauriers sont coupés,
La belle que voilà
Ira les ramasser
Entrez dans la danse,
Voyez, comme on danse,
Sautez, dansez,
Embrassez qui vous voudrez.
La belle que voilà
Ira les ramasser,
Mais les lauriers du bois,
Les laisserons-nous couper ?
Non chacune à son tour
Ira les ramasser.
Si la cigale y dort
Il n’faut pas la blesser.
Le chant du rossignol
Viendra la réveiller.
Et aussi la fauvette
Avec son doux gosier.
Et Jeanne la bergère
Avec son blanc panier.
Allant cueillir la fraise
Et la fleur d’églantier.
Cigale, ma cigale,
Allons, il faut chanter.
Car les lauriers du bois
Sont déjà repoussés.

Madame de Maintenon aurait en effet demandé au Roi Louis XIV de faire raser les bosquets du Parc de Versailles car ils abritaient les ébats de nombreux couples illégitimes ou de prostituées et de leurs clients. Louis XIV s’irritait d’ailleurs, lui aussi, que les ouvriers en charge de construire le château soient trop souvent détournés de leurs travaux – il y avait, paraît-il, autant de filles que d’arbres dans le bois –  et il craignait que les maladies vénériennes ne ralentissent  ses projets. Les prostituées furent  chassées du Parc avec la menace de se voir couper le nez et les oreilles si elles contrevenaient à l’interdiction. Elles s’installèrent dans des maisons à Versailles, au fronton desquelles elles mirent des gerbes de lauriers.

Sautez, dansez, Embrassez qui vous voudrez » et  » chacune à son tour ira les ramasser » est une belle allusion au libertinage. 

Une autre explication parle des mariage arrangés. Au XVIIIe siècle les mariages d’amour étaient en effet fort rares.  En fonction des arrangements familiaux, de la dot et de la fortune du prétendant, Il n’était pas rare qu’une jeune fille se retrouve dans le lit d’un homme beaucoup plus âgé qu’elle et pas toujours à même « d’accomplir ses devoirs conjugaux ». La morale populaire tolérait qu’en certaines périodes de l’année, ces jeunes femmes mal mariées puissent jeter leurs bonnets par-dessus les moulins. Ces fêtes, dont la plus célèbre était la fête des fous, plus ou moins paillardes selon les traditions locales, traduisaient une survivance de cérémonies païennes telles que les saturnales romaines. La bergère ira donc au bois pour cueillir les lauriers puisque chez elle la récolte ne peut plus se faire par son mari. Mais elle n’ira pas seule, puisque, comme le dit la chanson, « chacune à son tour ira les ramasser ».

Enfin, une dernière explication, qui va toujours dans le même sens remarquez-le explique que suite à l’interdiction de la prostitution en ville promulguée par un édit de 1254 écrit par Saint Louis (Louis IX), les prostituées se réfugièrent dans les bois, notamment celui de Vincennes, utilisant les bosquets pour assurer un semblant d’intimité à leur activité. Deux ans plus tard, Blanche de Castille exigea de son fils qu’il interdît la prostitution en pleine nature, au vu de la mortalité importante des femmes qui s’y adonnaient. Les bosquets furent rasés et un nouvel édit fut rédigé, intimant juste l’ordre de s’établir en-dehors des villes.

Voilà qui donne du sens aux « … lauriers (qui) sont coupés »; quant à « la belle que voilà », qui ira les ramasser, son métier devient plus explicite…Ces dames s’installèrent alors à la lisière des villes dans des cabanes construites en planches. Il existait un mot germanique « bord » qui voulait dire la « planche » qui a donné  » borda » en francique. L’ancien français fera évoluer borda vers la forme borde qui donnera, au XIIe siècle bordel qui désignera la maison de prostitution. Pour les distinguer des autres baraques où l’on pratiquait des activités plus licites on suspendait une branche de lauriers au-dessus de la porte.

Il était une bergère

Griotte AQUARELLES-58 - copie

Il était une bergère, et ron et ron petit patapon

Il était une bergère
Et ron et ron, petit patapon
Il était une bergère
Qui gardait ses moutons, ron ron
Qui gardait ses moutons
Elle fit un fromage
Et ron et ron, petit patapon
Elle fit un fromage
Du lait de ses moutons, ron ron
Du lait de ses moutons
Le chat qui la regarde,
Et ron et ron, petit patapon
Le chat qui la regarde
D’un petit air fripon, ron ron
D’un petit air fripon
Si tu y mets la patte
Et ron et ron, petit patapon
Si tu y mets la patte
Tu auras du bâton, ron ron
Tu auras du bâton
Il n’y mit pas la patte
Et ron et ron, petit patapon
Il n’y mit pas la patte
Il y mit le menton, ron ron
Il y mit le menton
La bergère en colère
Et ron et ron, petit patapon
La bergère en colère
Tua son p’tit chaton, ron ron
Tua son p’tit chaton
Elle fut à confesse
Et ron et ron, petit patapon
Elle fut à confesse
Pour demander pardon, ron ron
Pour demander pardon
Mon père je m’accuse
Et ron et ron, petit patapon
Mon père je m’accuse
D’avoir tué mon chaton, ron ron
D’avoir tué mon chaton
Ma fille pour pénitence
Et ron et ron, petit patapon
Ma fille pour pénitence
Nous nous embrasserons, ron ron
Nous nous embrasserons
La peine étant si douce
Et ron et ron, petit patapon
La peine étant si douce
Nous recommencerons, ron ron
Nous recommencerons

« Laisser le chat aller au fromage » signifiait en ancien français « perdre sa virginité avant le mariage ». On comprend mieux pourquoi, en pénitence du meurtre du chaton, le curé demande un baiser à la bergère… qui ne pense qu’à recommencer la coquine !

La mère Michel

C'est la mère Michel qui a perdu son chat, qui crie par la fenêtre...

C’est la mère Michel qui a perdu son chat, qui crie par la fenêtre…

C’est la mère Michel qui a perdu son chat
Qui crie par la fenêtre à qui le lui rendra
C’est le Père, l’eusses-tu cru (ou : Lustucru)
Qui lui a répondu
Allez la mère Michel vot’ chat n’est pas perdu

Refrain
Sur l’air du tra la la la
Sur l’air du tra la la la
Sur l’air du tra déridéra et tra la la

C’est la mère Michel qui lui a demandé :
Mon chat n’est pas perdu vous l’avez donc trouvé
C’est le Père, l’eusses-tu cru
Qui lui a répondu :
Donnez une récompense, il vous sera rendu
(Refrain)
Et la mère Michel lui dit : c’est décidé
Si vous m’rendez mon chat vous aurez un baiser
Et le Père, l’eusses-tu cru
Qui n’en a pas voulu
Dit à la mère Michel : vot’ chat il est vendu.

Le chat fait depuis des siècles référence au sexe féminin… il s’est même féminisé avec le temps. Dans ces conditions, une autre lecture de la comptine s’impose. Quand au Père Lustucru, il est tout simplement le Père, c’est-à-dire le curé (l’eusses-tu-cru ?). Le Père lui, sait où est le chat (donc il n’est pas perdu), et qui demande clairement une « récompense ». La mère Michel ne lui proposant qu’un baiser, le Père ne rendit jamais la bête.

il

Amis mouflets, ne soyez pas vexés, les grands ne savaient pas non plus qu’ils chantaient des chansons paillardes quand ils étaient petits ni quand ils ont grandi d’ailleurs. Voici d’autres chansons à double sens qui datent du XXe siècle…

Les sucettes à l’anis de Gainsbourg

La légende dit que lorsque la jeune France Gall interprète innocemment cette chanson écrite par Serge Gainsbourg en 1966, elle croit parler de confiseries… alors qu’il s’agit d’une métaphore filée sur la fellation. « Pennies » faisant écho à « pénis ». Quant au « sucre d’orge qui coule dans son gorge », on ne vous fait par un dessin.

Ma petite entreprise de Bashung

Cette petite entreprise n’a rien à voir avec une PME mais qui parle d’une relation amoureuse basée sur le sexe où le personnage pointe 24h/24.

Light my fire des Doors

Sur cette chanson enregistrée à l’été 1966, Jim Morrison demande à sa chérie d’allumer sa flamme. Mais il y a là aussi un sens caché : ce titre parle tout simplement de faire l’amour. Une signification confirmée par la sensualité qui se dégage de l’interprétation de Jim Morrison et par son cri animal à la fin, tel le point d’orgue de sa partie de jambes en l’air.

Pump it d’Elvis Costello

En français, Pump it up signifie littéralement « pompe-le« . Avec ça, vous comprendrez bien que l’artiste britannique ne nous parle pas hydraulique dans cette chanson sortie en 1978, mais bien de masturbation et plus largement de frustration sexuelle.

Banana Split par Lio

En 1979, Lio débarque dans le paysage musical français avec ce titre à forte connotation sexuelle. Qu’elle chante tout aussi innocemment que France Gall avec ses « Sucettes » en 1966. Il faut dire que ses 16 ans se prêtaient parfaitement à la confusion.

Summer 69 de Bryan Adams

Summer of 69, l’un des plus grands succès du Canadien, évoque sa jeunesse et son premier groupe de musique, mais il ne parle pas de l’été 1969 (il n’avait que 10 ans à cette date) mais bien de la position 69…


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