Le casse du siècle a 40 ans

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Une phrase écrite à la bombe sur le mur : « Sans armes, sans violence, sans haine ». C’est tout ce qui reste dans la salle des coffres de la Société Générale de Nice, ce lundi 19 juillet 1976, lorsque l’agence bancaire ouvre… après le passage du « gang des égoutiers ». C’est ce qu’on a appelé le casse du siècle, et dont Albert Spaggiari s’est attribué la paternité.

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Vendredi 16 juillet 1976. Il est vingt-deux heures. En plein cœur de Nice, une étrange activité règne dans les sous-sols de l’Agence Société Générale située à l’angle de l’avenue Jean Médecin et de la rue de l’Hôtel des Postes. Dans un coin obscur de la salle des coffres, une armoire métallique vient de vaciller. Adossé au mur, le meuble cède bientôt à la pression d’un vérin hydraulique et fait place à un groupe d’une dizaine d’individus débouchant d’un tunnel souterrain. Avec méthode et détermination, les malfrats entreprennent d’éventrer au chalumeau et au pied de biche les longues rangées de coffres qui s’offrent à leur regard.

Deux jours durant, éclairés par des torches électriques, ils raflent billets, bijoux et lingots d’or, s’accordant même le luxe de pique-niquer dans l’argenterie des déposants. À la surface, des complices se tiennent sur le qui-vive et leur indiquent par talkie-walkie les allées et venues des équipes de gardiennage et de nettoyage.

Mais le lundi 19 juillet, peu avant l’aube, les malfaiteurs sont contraints de quitter les lieux à la hâte, des pluies diluviennes commençant à inonder les égouts. C’est avec de l’eau jusqu’au cou qu’ils évacuent leur butin. Pour protéger leur retraite, ils prennent le soin de souder de l’intérieur la porte de la salle des coffres. Surtout, ils laissent une inscription à la craie qui va contribuer à leur célébrité : « Ni coup de feu, ni violence, sans haine ».

Quelques heures plus tard, la nouvelle du cambriolage défraye la chronique. Le montant du butin – environ 50 millions de francs (soit l’équivalent de 31 millions d’euros actuels) – autant que les procédés employés suscitent l’étonnement. C’est la première fois dans l’histoire, en effet, qu’un hold-up de ce type a lieu.

Le gang des égoutiers

La police découvre l’inimaginable : un tunnel de 8 mètres de long, percé à coups de burins, de masses et de forets, qui s’engouffre dans les conduits étroits, infestés de rats et d’immondices, du réseau d’égouts de la ville, lui-même relié au Paillon, le torrent qui traverse Nice pour se jeter dans la mer.

Un travail de professionnels, vraisemblablement préparé de longue main, si l’on en croit les planches en bois qui consolident les parois du souterrain, les fils électriques et la moquette déroulés au sol, ainsi que les bouteilles d’oxygène retrouvées par les enquêteurs. Par endroits, la galerie a été cimentée pour prévenir les éboulements.

 

Un policier retire une bouteille à oxygène des égouts de Nice le 20 juillet 1976. AFP PHOTO

Un policier retire une bouteille à oxygène des égouts de Nice le 20 juillet 1976. AFP PHOTO

Comme l’agence bancaire n’était pas équipée d’un système d’alarme, le gang a réussi à fracturer 371 coffres et s’est emparé d’un butin estimé à 50 millions de francs (30 millions d’euros environ).

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L’agence de la Société Générale où a eu lieu le casse, était (et est toujours) située avenue Jean-Médecin, à l’angle de la rue de l’Hôtel des Postes.

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Un tunnel creusé dans les égouts a permis à Spaggiari et à ses complices de perpétrer le célèbre casse de la Société générale, à Nice. Rue des Archives/Tal En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2015/04/17/les-diamants-de-londres-cet-autre-casse-du-siecle_4616560_4497186.html#CRtJy4spISO9d4Rb.99

Un tunnel creusé dans les égouts a permis à Spaggiari et à ses complices de perpétrer le célèbre casse de la Société générale, à Nice. Rue des Archives/Tal

T’as le bonjour d’Albert ?

On trouva, écrit à la bombe sur un mur, la phrase devenue célèbre : « Sans armes, sans violence, sans haine ».

 

Le 19 juillet 1976, la Société Générale de Nice subit une perte énorme de 50 millions de francs (29 millions d'euros). En cause, le gang des égoûtiers qui, en passant par les sous-sols réussit à fracturer 371 coffres et à s'emparer des billets. Albert Spaggiari, entouré de policiers et de son avocat Maître Peyrat, arrive le 30 octobre 1976 à la Société Générale de Nice, lieu du hold up dont il est le cerveau, pour un transport de justice demandé par le juge d'instruction Richard Bouazis.

Albert Spaggiari, entouré de policiers et de son avocat Maître Peyrat, arrive le 30 octobre 1976 à la Société Générale de Nice, lieu du hold up dont il est le cerveau, pour un transport de justice demandé par le juge d’instruction Richard Bouazis.

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Albert Spaggiari, part en cavale aux États-Unis. Mais il veut que l’on sache que c’est lui le cerveau du gang des égoutiers. Alors, à Washington, il propose ses services à la CIA pour, par exemple, forcer des ambassades, en se présentant comme le cerveau du «casse du siècle» de Nice, sous le surnom de «Bert».

Les Américains informent la police française. Spaggiari, qui est revenu à Nice où il a repris ses activités de photographe, est interpellé le 27 octobre 1976.

Le 10 mars 1977, grâce à la complicité d’amis, Spaggiari s’évade en sautant par la fenêtre du bureau du juge Richard Bouazis qu’il avait demandé à voir pour lui faire des révélations.

Il vivra 12 ans en cavale, essentiellement en Amérique du Sud, en se grimant et accordant de nombreuses interviews. En octobre 1979, il est condamné à perpétuité par contumace.

Le 6 juin 1989, à 58 ans, il meurt d’un cancer en Italie. Sa compagne Emilia remonte son corps en France en caravane sans éveiller les soupçons des douanes et le dépose à Hyères, chez sa mère, le 10 juin. Il est enterré à Laragne-Montéglin, dans son village natal.

Cet ancien para qui avait écopé, en 1954, de 5 ans de travaux forcés pour avoir braqué un cafetier en Indochine, affirmait qu’il avait eu l’idée de monter ce casse après avoir lu Tous à l’égout de Robert Pollock, un polar qui décrivait le cambriolage d’une banque dans laquelle les malfaiteurs s’introduisent par les égouts.

Albert Spaggiari

Albert Spaggiari

Le butin ne sera jamais retrouvé.

Le journal télévisé qui parle de l’affaire. Cliquez sur l’image pour lancer la vidéo.

En août 2010, 34 ans après les faits, de nombreuses révélations, suffisamment précises pour être fiables, sont apportées sur la préparation du casse, dans un livre écrit par celui qui se présente, sous un pseudonyme, comme l’organisateur réel. Spaggiari n’aurait fait que lui apporter l’affaire et, pour pouvoir toucher sa part de 10 % du butin, aurait accepté de travailler réellement pendant tout le week-end du casse.

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En 2008, Jean-Paul Rouve réalise le film Sans arme, ni haine, ni violence sur l’affaire du casse de Nice, avec Alice Taglioni, Jean-Paul Rouve et Gilles Lelouche.

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One Comment to “Le casse du siècle a 40 ans”

  1. un « Arsène Lupin » de la vraie vie

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