1 week-end , 2 supers filles, 2 supers bouquins – 1ère partie

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Ce week-end votre Griotte préférée a envie de vous parler de deux filles supers et de leurs deux supers bouquins. Toutes les deux ont un nom qui fleure bon le menhir et la pluie, toutes les deux ont des accointances avec la Côte d’Azur et les distillent dans leur dernier roman, toutes les deux sont mariées à des kadors de leur profession (l’une un grand chef iconoclaste, l’autre un grand designer un peu dingue), toutes deux sont des supers nanas bien dans leur peau et dans leur tête, l’une a deux ans de plus que la Griotte, l’autre deux ans de moins, la Griotte les connait personnellement toutes les deux un peu (trop peu) et a déjà lu (et chroniqué) leurs premiers bouquins. Elles s’appellent Yannick Grannec et Sylvie Le Bihan et viennent de sortir deux des meilleurs livres de cette année. C’est Yannick qui ouvre le bal aujourd’hui, demain Sylvie emportera son secret.

« Pourquoi trancher entre création et procréation ? »

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Designer industriel de formation, graphiste de métier et passionnée de mathématiques, Yannick Grannec vit à Saint-Paul-de-Vence. Son premier roman La Déesse des petites victoires a reçu le Prix des libraires 2013 et le Prix Fondation Pierre Prince de Monaco. Il racontait la vie du génial mathématicien autrichien Kürt Gödel.

Le bal mécanique est son second roman. Et quel roman ! Que dis-je un roman ? Un pavé ! Un monument ! Un mouvement architectural !

En 500 pages, Yannick Grannec avec une verve époustouflante et une érudition qui ne l’est pas moins, raconte les (més)aventures d’artistes du mouvement révolutionnaire architectural Bauhaus des années 20, et l’histoire de Josh, animateur d’une émission de téléréalité américaine d’aujourd’hui, reliées par celle de Karl, un enfant juif abandonné dans les années 30 devenu peintre alcoolique à Saint-Paul de Vence. Adopté aux États-Unis, Carl/Karl, le père de Josh/Joshua, descend d’une famille suisse. Son grand-père était marchand de tableaux intimement lié à Otto Dix et Paul Klee. Sa collection a disparu. Détruite par les nazis ? Revendue par des petits malins ? L’enquête mène sur les traces de la mère de Karl, filleule de Paul Klee, artiste-peintre passée par le Bauhaus..

Paul Klee

Paul Klee

On y rencontre Gropius, Klee, Rothko, Marx, Scriabine, des artistes, des marchands d’art peu scrupuleux, de l’art « dégénéré », un animateur tv – psychologue, un tableau d’Otto Dix représentant son père, Ikea, Berlin, Weimar, Saint-Paul de Vence, Dessau, Berne, un costume de scène de David Bowie, la fondation Maeght, les années 20, les années 2000…

C’est passionnant, érudit et super bien écrit !! Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?

Un extrait pour y voir la richesse du vocabulaire et des évocations qui ressemblent à des descriptions de tableaux ?

capture-decran-2017-01-07-a-12-26-50À la banlieue d’une mucosité stellaire dans une poussière bleue moirée de blanc. Elle laisse entrapercevoir ses taches brunes et ses veines affleurantes. À l’approche, sa peau parle de batailles, de colères et de failles. Sa toison verte et le talc roux des grands déserts luttent contre une trace eczémateuse. D’une main rugueuse, les homme ont greffé des villes sur la mosaïque d’ocre et de jade. Quand la vieille strip-teaseuse échappera à la poursuite du soleil, ces plaques cendrées trouveront leur beauté. La forme disparaîtra au profit de la structure illuminée : les artères vitales s’effrangeront en avenues, rues, voies et allées, en résille de strass sur son derme fatigué.
Mais, en ce soir d’été, le jour résiste encore et Josh court quelque part sur ce tissus conjonctif grisâtre. »

Une autre pour y trouver la philosophie de vie de Yannick  ?

Je me promets de traîner mes garçons ici. Même si l’idée de visiter – « encore ! – un musée les fait râler. Même si la définition de la beauté est propre à chaque génération, à chaque individu, il est important de nourrir ses enfants avec celle qu’on croit reconnaître. Leur donner ce cadeau sans étiquette et sans marque est bien plus qu’une consolation, bien plus qu’un dérivatif, bien plus qu’une colère contre un avenir absurde et dangereux. C’est un lien à travers le temps. Regarde la monde, mon fils, et dis-moi comment tu le vois ? Ne laisse personne te dire comment tu dois le voir. Pas même moi. Enfin, si. Parfois. Je suis ta mère. »

Et encore une autre parce que ce livre est tout autant une ode à la liberté et à la création sous toutes ses formes :

Caprice ? Caprice ! Que veux-tu dire par-là ? Que le talent artistique appartient au genre masculin ? Que la seule création à laquelle je puisse aspirer est la maternité ? Une création sans conscience de création ? Sans dessein ? Et pourquoi devrais-je trancher entre création et procréation ? »

Et si la taille du bouquin vous fait peur, répétez-vous une règle absolue : un mauvais livre comme un mauvais film est toujours trop long, un bon livre est toujours trop court. Celui ci est bien trop court !! Et puis ça fait pas cher la page d’histoire, d’art et de littérature : 0,04 € !

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Le petit grain de sel de la Griotte

Et une mention spéciale Griotte pour l’excellent titre, presque aussi joli que celui de son premier roman : La déesse des petites victoires.

esprit-bauhaus-musee-arts-decoratifsEt l’expo qui va avec

Et pour parfaire cette plongée au coeur du Bauhaus et de la création artistique, filez avant le 27 février au Musée des Arts décoratifs de Paris pour l’expo « L’esprit du Bauhaus« .  Cette exposition de 900 objets rend hommage à l’école avant-gardiste fondée par Walter Gropius en 1919 qui marqua l’art du XXe siècle.

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  • Le bal mécanique de Yannick Grannec, éditions Anne Carrière (août 2016), 539 pages, 22€.

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Bonus

Et profitez-en pour découvrir La déesse des petites victoires qu’elle a publié en 2012, Prix des Libraires 2013 édité en format poche en 2014. La vie du génial mathématicien autrichien Kürt Gödel, racontée par sa veuve Adèle… Passionnant même (et surtout) si vous n’êtes pas copain avec les chiffres et les maths. Et puis comme ça vous pourrez dire, comme la Griotte, que vous avez lu toute l’oeuvre de Yannick Grannec !!

41ca4aunrtl-_sx306_bo1204203200_Université de Princeton, 1980. Anna Roth, jeune documentaliste sans ambition, se voit confier la tâche de récupérer les archives de Kurt Gödel, le plus fascinant et hermétique mathématicien du XXe siècle. Sa mission consiste à apprivoiser la veuve du grand homme, une mégère notoire qui semble exercer une vengeance tardive contre l’establishment en refusant de céder les documents d’une incommensurable valeur scientifique. Dès la première rencontre, Adèle voit clair dans le jeu d’Anna. Contre toute attente, elle ne la rejette pas mais impose ses règles. La vieille femme sait qu’elle va bientôt mourir, et il lui reste une histoire à raconter, une histoire que personne n’a jamais voulu entendre. De la Vienne flamboyante des années 1930 au Princeton de l’après-guerre ; de l’Anschluss au maccarthysme ; de la fin de l’idéal positiviste à l’avènement de l’arme nucléaire, Anna découvre l’épopée d’un génie qui ne savait pas vivre et d’une femme qui ne savait qu’aimer.

 

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