Une grande dame Niçoise ni soumise…

Simone Veil vient de nous quitter. Elle a vu le jour le 13 juillet 1927 dans le centre-ville de Nice sous le nom de Simone Jacob. Elle fait une part de sa scolarité au lycée (de jeunes filles) Calmette de Nice, jusqu’à ce qu’on lui fasse comprendre que sa présence n’était plus souhaitable suite aux lois anti-juives… En 1943, elle n’a que 16 ans quand elle est recueillie par les Villeroy, la famille d’une professeur de lettres du lycée Masséna.

Arrêtée à Nice par les Nazis

Simone passe son bac en mars 1944. Alors qu’elle se rend avec un copain rejoindre les filles de sa classe pour fêter la fin des épreuves, elle est arrêtée dans la rue le 30 mars et  internée à l’hôtel Excelsior, Q.G. nazi rue Durante (aujourd’hui avenue Durante). Dans les heures qui suivent, le reste de sa famille, hébergée malgré les risques encourus par plusieurs couples de relations et d’amis niçois, est arrêté par la Gestapo.

Simone transite avec sa mère et sa soeur par le camp de Drancy. Son père et son frère Jean sont déportés en Lituanie par le convoi 73. Personne ne les a jamais revus.

n° 78651 à Auschwitz

Le 13 avril 1944, soit deux semaines après leur arrestation, Simone, sa mère et sa sœur Madeleine sont envoyées de Drancy à destination d’Auschwitz-Birkenau par le convoi 71. Elles arrivent dans ce camp d’extermination nazile 15 avril au soir. Un prisonnier parlant français lui conseille de se dire âgée de plus de 18 ans pour passer la sélection et éviter l’extermination. Elle reçoit le matricule 78651 qui lui est tatoué sur le bras. Le travail forcé consiste alors à « décharger des camions d’énormes pierres » et « à creuser des tranchées et aplanir le sol ».

La marche forcée… à mort

En juillet 1944, avec sa mère et sa sœur, elle est transférée à Bobrek, à cinq kilomètres de Birkenau. Peu avant la libération du camp d’Auschwitz le 27 janvier 1945, les Allemands emmènent leurs prisonniers dans la marche de la mort jusqu’au camp de Bergen-Belsen où elle travaille à la cuisine.

Sa mère meurt du typhus en mars 1945. Sa sœur Madeleine, atteinte également, est sauvée de justesse grâce à l’arrivée des Alliés. Bergen-Belsen est libéré par les troupes britanniques le 15 avril 1945.

Simone, Madeleine et son autre sœur Denise (engagée dans un réseau de Résistance à Lyon et arrêtée en 1944) sont les seules survivantes de la famille. Leur père, leur mère et leur frère ne sont pas revenus des camps.

Bachelière et jeune mariée

Simone Jacob est de retour en France le 23 mai 1945.

Seule de toute l’Académie à avoir passé et obtenu son baccalauréat en mars 1944, la veille de son arrestation, elle s’inscrit, en 1945, à la faculté de droit de Paris et à l’Institut d’études politiques de Paris. Elle y rencontre Antoine Veil (1926-2013), futur inspecteur des finances et chef d’entreprises, qu’elle épouse le 26 octobre 1946.

Sa sœur Madeleine meurt avec son fils Luc en 1952, à la suite d’un accident de voiture, alors qu’elle rentrait de Stuttgart, où elle était allée rendre visite à Simone. Ce nouveau drame sera vécu douloureusement, puisque Madeleine était la seule personne avec qui elle pouvait parler et partager l’expérience de la Déportation.

Simone et Antoine Veil ont eu trois fils, Jean, avocat d’affaires (né le 26 novembre 1947), Claude-Nicolas, médecin (1948-2002), Pierre-François, avocat (né en 1954), et onze petits-enfants.

Haut fonctionnaire

Munie de sa licence de droit et de son diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris, elle renonce à la carrière d’avocate et passe avec succès, en 1956, le concours de la magistrature. Elle occupe dès lors un poste de haut fonctionnaire dans l’administration pénitentiaire au ministère de la Justice, où elle s’occupe des affaires judiciaires. Pendant la Guerre d’Algérie, elle réussit à faire transférer en France des prisonnières algériennes qu’elle estimait exposées aux mauvais traitements et aux viols. Elle passe en 1964 aux affaires civiles.

Membre du Syndicat de la magistrature, elle devient en 1970 la première femme, secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Ministre de la Santé

Après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République, elle est nommée le 27 mai ministre de la Santé dans le gouvernement du Premier ministre Jacques Chirac.

Elle œuvre alors pour dépénaliser l’avortement: le projet de loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse est adopté par le Parlement le 17 janvier 1975.

Ce combat lui vaut des attaques et des menaces de la part de l’extrême-droite et même d’une partie de la droite traditionnelle.

Elle conservera ce ministère d’État jusqu’en juillet 1979, sous les gouvernements successifs de Raymond Barre (août 1976 à mai 1981).

Première femme présidente du Parlement européen

Le 19 juillet 1979 à 52 ans, Simone Veil devient la première femme présidente du Parlement européen, élue au suffrage universel. Elle s’évertue alors à élargir le rôle politique de cette assemblée, jusque-là tout juste autorisée à approuver le budget de la Communauté économique européenne. Elle occupera cette fonction jusqu’à la fin de son mandat, en 1982, mais conservera son poste de député jusqu’en 1984.

En mars 1993 en pleine cohabitation durant le second mandat de François Mitterrand. Simone Veil demanda à adjoindre à ses fonctions celles du ministère de la Ville. Elle sera par ailleurs membre du Haut conseil à l’intégration. Elle occupera cette fonction jusqu’en 1995.

Conseil constitutionnel

Nommée membre du Conseil constitutionnel par René Monory (président du Sénat) en mars 1998, Simone Veil fait partie de la haute juridiction jusqu’en mars 2007.

Académie Française

Le 18 mars 2010, elle fait son entrée sous la Coupole (un an et demi après son élection). Elle devient la sixième « immortelle » de l’Histoire. Vêtue du célèbre habit vert et ceinte de son épée d’académicienne, elle siège au treizième fauteuil. Il fut celui de Racine et de Pierre Messmer, dont Simone Veil fit l’éloge dans son discours de remerciements.

Elle est décédée hier à 89 ans.

Au-revoir Madame ! Et merci !

 

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One Comment to “Une grande dame Niçoise ni soumise…”

  1. Une grande dame et exemplaire !!!!!
    On lui doit beaucoup !

    J'aime

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