Goncourt, concours et bons tours

Le jury du prix Goncourt s’est réuni, les journalistes se sont pressés dans l’escalier du restaurant Drouant, le lauréat Eric Vuillard a été félicité, les journaux ont remarqué que le nazisme était largement gongourable, les chroniqueurs littéraires ont relu leurs fiches, les Bibliothèques pour Tous se sont empressées de le commander… et les rayons de la Fnac se sont vite remplis pour mettre à disposition le futur best-seller français de l’année. Oui mais…

Un détail de l’Histoire ?

Si c’est pour offrir à votre belle-mère avec un paquet de Mon Chéri, pas de problème. Précipitez-vous à la Fnac pour acheter le Goncourt de l’année. Cette année, c’est sur Eric Vuillard que c’est tombé pour son livre L’Ordre du jour, publié au printemps dernier chez Actes Sud. Un récit saisissant sur l’arrivée au pouvoir d’Hitler, l’Anschluss et le soutien sans faille des industriels allemands à la machine de guerre nazie parait-il.

 

C’est comme quand on goûte au Beaujolais nouveau. On ne peut pas s’en empêcher, on ergote sur son goût cerise ou fruit des bois, et on ne le finit pas… la plupart du temps. Mais ça alimente les conversations, en ce moment, du moins chez ceux qui ne confondent pas Nabilla et Nabuchodonosor, et qui n’ont pas d’avis sur les agissements invétérés de producteurs de films ou des centaines de morts à Mogadiscio.

Quand elle ouvrira son paquet à Noël, votre belle-mère saura que vous avez de l’estime pour elle, que vous ne doutez pas qu’elle sache lire, et vous pourrez même ajouter quelques anecdotes célèbres sur le Goncourt au diner du réveillon entre la dinde aux marrons et votre belle-sœur maltraitée par son fils.

  • Belle Maman, vous saviez que le lauréat du prix Goncourt ne touchait que 10 euros ? Et qu’on ne peut le recevoir deux fois ?

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  • En effet, mais ma chère, savez que Romain Gary l’a eu une deuxième fois sous son pseudonyme d’Emile Ajar ? Passez-moi le pain aux céréales en attendant.

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  • Cette année c’est pas un « Galli-Gras-Seuil » qui l’a eu, c’est un Actes Sud. Vous croyez que ça a un rapport avec le fait que Françoise Nyssen, éditrice d’Actes Sud, est aujourd’hui notre ministre de la Culture ?

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Bon, pendant ce temps-là l’Ordre du jour, qui a déjà perdu son bandeau Goncourt entre les toasts aux œufs de lump et les makis au foie gras, n’a pas été ouvert. Il le sera sans aucun doute… plus tard, ou pas du tout.

Et comme la plupart des livres récompensés, il ne restera sans doute pas longtemps dans la mémoire des grands lecteurs…

Mauvaise langue la Griotte puisqu’elle ne l’a pas lu….

Bien sûr, en d’autres années la Griotte n’a pas boudé son plaisir en se délectant de : (liste totalement subjective)

  • Pas pleurer de Lydie Salvayre (Goncourt 2014)

  • Au revoir là-haut de Pierre Lemaître (Goncourt 2017, actuellement au cinéma 😉

  • Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé (Goncourt 2004)

  • La Bataille de Patrick Rambaud (Goncourt 1997)

  • Le testament français d’Andreï Makine (Goncourt 1995)

  • Un aller simple de Didier van Cauwelaert (Goncourt 1994).

 

Bien sûr Les Bienveillantes de Jonathan Littell (Goncourt 2006) avait fait grande impression (dans tous les sens du terme, vu le succès et les 905 pages) et va sans doute revenir sur le devant de la scène ces jours-ci, quelques journalistes œil-de-lynx ayant remarqué que le sujet du nazisme était très à la mode.

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Eric Vuillard, lauréat du Prix Goncourt 2017 pour « L’Ordre du Jour » (photo AFP / Eric FEFERBERG)

Bien sûr qu’Eric Vuillard va pouvoir s’acheter une petite maison de campagne avec les revenus de son livre. Ce qui peut aussi alimenter un problème de maths pour emmerder votre petit neveu casse-pied.

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Tiens Maximilien-Charles, au lieu de réclamer du Kiri sur le plateau de fromages, j’ai un truc pour toi :

Sachant qu’un Goncourt se vend à 300.000 exemplaires minimum, que le livre coûte 16 €, qu’un auteur lambda touche environ 10 % du prix de vente, combien Eric Vuillard, lauréat du prix Goncourt 2017 va-t-il toucher en droits d’auteur ?

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Pas la peine d’attendre que ce petit con calcule, je vous le donne en mille : 480.000 euros minimum vont tomber dans l’escarcelle du lauréat dans quelques mois. Ce qui va lui permettre d’acheter un château dans la banlieue du Mans, un 2 pièces à Paris ou un camping-car dernier cri avec scooter intégré.

 

Une affaire de famille ?

Et puis, ça c’est un truc que votre belle-mère ne sait sûrement pas. Si le Goncourt est une manne pour l’éditeur et le lauréat, le plus couru des prix littéraires est cependant battu par… son petit frère (mais si les Goncourt étaient frères) : le Goncourt des lycéens.

Le prix de l’Académie française assure environ 246.000 exemplaires vendus, le Renaudot 221.000 selon l’institut allemand GfK qui a enquêté sur les prix littéraires de 2012 à 2016.

Oui mais, toujours selon GfK, les ventes de livres récompensées par le Goncourt des lycéens ont atteint 443.000 exemplaires en moyenne. Soit une bonne centaine de milliers de plus que son aîné !

 

La raison ? créé en 1988, le Goncourt des lycéens a récompensé d’excellents bouquins, qui sont lus et pas seulement offerts.

Voici une liste des livres récompensés par le Goncourt des Lycéens lus et approuvés par la Griotte :

  • Un grand pas vers le bon Dieu de Jean Vautrin en 1989

  • Le Testament français d’Andreï Makine en 1995

  • *** Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma en 2000

  • La joueuse de Go de Shan Sa en 2001

  • *** La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé en 2002

  • Un secret de Philippe Grimbert en 2004

  • *** Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel en 2007

  • Le Club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia en 2009

  • *** Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Enard en 2010

  • *** La Vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker en 2012

  • D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan en 2015

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Alors…. pour le Noël de votre belle-mère : Goncourt des grands ou Goncourt des petits (qui sera révélé le 16 novembre prochain) ?

Sinon, si c’est pas pour offrir, et si c’est juste pour vous faire plaisir : foncez sur un excellent polar : Brutale de Jacques-Olivier Bosco (lire la chronique de la Griotte à ce propos en cliquant ici)

Et vous éviterez d’avoir la même idée que votre belle-sœur (la dinde aux marrons, vous suivez ?) au pied du sapin.

 

6 Responses to “Goncourt, concours et bons tours”

  1. Un bon redémarrage avec l’originalité originelle sans se la jouer. Merci.

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  2. Wahoo ! Ça c’est un compliment qui me va droit au coeur…. Merci

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  3. Super article! Je nous trouve de beaux points communs, notamment en la personne de Laurent Gaudé 😊

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