Quand Berlioz soignait ses peines de coeur à Nice

En 1831, Hector Berlioz, lauréat du prix de Rome, se trouve en Italie quand il reçoit une lettre de la mère de sa fiancée, Camille Moke, qui lui annonce que les fiançailles sont rompues, qu’elle l’abandonne pour se marier avec un certain Pleyel, riche fabricant de pianos. Fou de douleur, Berlioz décide de rentrer à Paris pour tuer l’infidèle. En chemin, il tente de se suicider à Gênes, puis fait étape à Nice où il arrive à la fin d’avril 1831 et où, il passe selon lui les vingt plus beaux jours de sa vie.

Tête de Berlioz (triste) dans le jardin Albert 1er à Nice

Ô Nissa

« J’arrivai à cette bienheureuse ville de Nice, grondant encore un peu. Voilà que j’aspire l’air tiède et embaumé de Nice à pleins poumons; voilà la vie et la joie qui accourent à tire d’aile, et la musique qui m’embrasse, et l’avenir qui me sourit; et je reste à Nice un mois entier à errer dans les bois d’orangers, à me plonger dans la mer, à dormir sur les bruyères des montagnes de Villefranche, à voir, du haut de ce radieux observatoire les navires venir, passer et disparaître silencieusement. Je vis entièrement seul, j’écris l’ouverture du Roi Lear, je chante, je crois en Dieu. Convalescence. C’est ainsi que j’ai passé à Nice les vingt plus beaux jours de ma vie. O Nissa !»

il

Il donnera plus tard un récit plein d’humour de cet épisode dans son Voyage en Italie de 1844, récit qu’il reprendra pour l’essentiel dans ses Mémoires posthumes ; mais sans aucun doute la blessure personnelle avait été cruelle.

En l’occurrence le séjour à Nice marque un moment décisif dans sa vie; il peut amorcer son retour à la vie, et plus tard il appellera cette période ‘les vingt plus beaux jours de ma vie’.

Nice évoquera désormais pour lui des souvenirs heureux qu’il rappellera souvent dans ses écrits par la suite. Il y reviendra à deux reprises, une première fois en septembre 1844 où il fait un séjour de plusieurs semaines, et une deuxième fois vers la fin de sa vie, en mars 1868, mais cette fois son séjour a des conséquences tragiques dont il ne se remettra jamais complètement.

il

il

Une lettre à la Grande Duchesse de Russie, datée du 14 avril et qu’il met deux jours à écrire en donne des détails :

[…] M. Becker [le secrétaire de la Grande-Duchesse] m’apprend aussi que vous seriez bien aise de savoir par moi-même comment m’est arrivé le double accident dont les journaux ont parlé après mon retour de Russie.
J’étais allé à Monaco pour trouver un peu de soleil. Je n’en trouvais guère ; et un matin, après avoir retenu ma place dans l’omnibus de Nice, j’étais allé faire une excursion dans les rochers qui avoisinent la mer ; je m’imaginais descendre dans un passage inaccessible. Je n’eus pas fait quatre pas que je sentis la pente m’entraîner, je perdis pied et je vis que je ne pouvais plus me retenir. Aussitôt je tombai la tête la première. Je perdis à peu près connaissance et je restai à terre versant des flots de sang. Des ouvriers qui travaillaient en bas à un chemin de fer entendirent le coup et ne purent venir à mon aide. Quelques minutes après je parvins à grand’peine à l’hôtel de Paris. On me lava et je me couchai.
Le lendemain je voulus profiter de mon omnibus de Nice et malgré ma figure abîmée j’y montai pour m’en retourner. Il fallut quatre heures pour faire le voyage. J’étais à peine arrivé que je voulus encore faire la visite de la terrasse que j’avais autrefois fort aimée près de l’hôtel des Etrangers, où j’étais allé m’installer. Sans doute ma chute de Monaco m’avait donné une rude secousse, car je voulus seulement choisir un endroit pour mieux voir la mer, et sans faire le moindre faux pas je tombai encore sur la figure comme la veille, et plus rudement. Deux jeunes gens qui passaient vinrent me relever tout effrayés de ma chute. J’étais encore en sang, ils me conduisirent à l’hôtel et m’aidèrent à me coucher. Là je restai immobile pendant huit jours, au bout desquels je me fis conduire au chemin de fer. Ce fut ainsi que je revins à Paris sans avoir vu un médecin. Celui que je vis enfin m’a retenu et me retient encore au lit. Il m’assure que je suis heureux d’avoir répandu tant de sang; et que je serais resté sur le coup sans cette circonstance. Maintenant je commence à respirer un peu et il y a des jours où je vais beaucoup mieux. […] (cité par http://www.hberlioz.com/Italy/nice-townf.htm)

il

En fait Berlioz ne se remettra jamais complètement des suites conjuguées de la chute et de la congestion cérébrale, et meurt un peu plus d’un an après.

Publicités
Étiquettes : ,

Un commentaire éclairé ? une remarque pertinente ? un petit coucou en passant ? faites-vous plaisir...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s